Avertissement

Je ne crois qu'à la littérature, aux écrivains,
Aux artistes
Je me croyais sans failles et pourtant j'ai dérobé des mots
Oui j'ai dérobé des mots
A la littérature, aux poètes, aux écrivains, aux artistes

Aux Artistes
J'ai volé des phrases dans les livres

J'ai volé
Aux Artistes
Leurs pensées, leurs écrits, leurs anecdotes, leurs sentiments
Le reflet de leur âme

Un extrait

Et je leur réponds à ma manière
Avec mes mots, mes phrases, mes pensées, mes sentiments

A ces auteurs je donne la réplique
Je forme des formes : dialogue, poème, texte, nouvelle, théâtre
J'ajoute et cetera, et cetera
Improvisation
Clin d'œil à l'auteur

A vous de voir...








Et si vous souhaitez m'écrire :
corruptionlitteraire@yahoo.com

Rédigé par Olivia Merlen le Samedi 7 Janvier 2012 à 18:45
d.n°37
EXTRAIT

"Ignorante que j'étais, j'ai haï la fée qui m'avait transformée en statue de pierre, mais ainsi j'ai pu réfléchir calmement à mon sort, à la vie qui m'attendait, jusque-là je ne savais rien, quelle sotte j'étais, je comprends maintenant comme il est important de bien réfléchir à son sort, même s'il faut pour cela se changer en pierre, il faut supporter patiemment car le printemps revient un jour !"
DIGRESSION

On se souvient tous de ce qui arriva à la femme de Loth (F). Figée pour l'éternité en une statue de sel pour s'être retournée lors qu'elle fuyait avec ses filles et son mari, Sodome en flammes. Qu'advint-il d'elle par la suite, nul ne le sait, d'aucuns supposent qu'elle repose tranquille au pied de la mère morte. Une aberration. F est vivante, enfermée à l'intérieur d'elle-même. Pendant des siècles elle a subi les pires tourments intellectuels et physiques. Couvertes de fientes d'oiseaux, les chiens lui pissaient dessus, les chats la lacéraient de leurs griffes. Elle endurait toutes les souffrances et les pires humiliations en silence, prisonnière de cet amoncellement de milliards de milliards de particules de sel.
Un bloc compact qui résistait à toutes les intempéries, elle ne se dissolvait pas dans l'eau ni ne fondait au soleil, chaque gramme salé étant solidaire du voisin. Et voilà que pleurer lui brûlait les yeux.

Jusqu'au début des années 70, elle resta emmurée avec pour seule compagnie sa pensée, se laissant aller durant des centaines d'années à de profondes crises de schizophrénie, qui pourrait l'en blâmer ?
Un jour d'avril 1972, un homme s'arrêta près d'elle, s'appuyant machinalement sur son bras pour enlever le sable de sa chaussure. Il faisait déjà très chaud, il essuya avec sa main des gouttes de sueur qui lui dégoulinaient du front et l'empêchaient de voir. Cela lui parut drôlement salé. Pour s'en assurer, il passa la langue sur ses lèvres, c'était bien du sel. Un sel qui avait un goût extraordinaire - et il s'y connaissait - riche de cent saveurs différentes, un sel au pouvoir addictif ; il ne pouvait se contenir de passer et repasser sa langue sur ses lèvres.
Léger, aérien, il fondait délicieusement dans la bouche - à l'instant aussi précieux que l'or.

Il lui fallut un moment pour se rendre compte d'où provenait cette substance. Il distinguait une forme, des courbes, encastrées dans la roche. Il se mit à gratter doucement les contours pour ne pas en perdre une miette, jusqu'à découvrir enfin une statue de femme d'environ 1,60 mètre. Il l'égratigna un peu, y goûta. L'homme était vif d'esprit, entreprenant, la chance se présentait là devant lui, il fallait la saisir au vol.

F se demandait ce qui était en train de lui arriver. A quelle sauce allait-elle être mangée, c'était une autre histoire. Elle sentait qu'il se tramait dans la tête de cet individu, des choses pas très catholiques.
Elle aurait volontiers gifler l'homme pour son insolence.
Tout à coup, elle ne vit plus rien - on la recouvrait d'une couverture en poil de chameau - se sentit porter, transporter dans une espèce de machine qui faisait un bruit épouvantable.

A l'arrière du pick-up, le voyage fut éreintant ; tout le long du trajet, F entendit l'homme converser seul, elle percevait des bribes de phrases "ma fortune est faite", "casser la baraque", "quelle aubaine...".
Elle avait chaud, la couverture en poil de chameau lui chatouillait le visage. Mais au fil du temps, elle fut contente d'être recouverte de ce morceau de tissus, car plus les jours passaient, plus la température baissait. Elle n'était pas habituée à de telles conditions climatiques. Où l'emmenait-il donc ?

Au fur et à mesure que l'homme approchait de sa terre natale, il devenait de plus en plus nerveux. Il s'arrêtait quasiment à chaque cabine téléphonique qu'il croisait sur la route pour appeler sa femme, ils élaboraient des plans, chaque fois il oubliait un détail.
Tous deux se frottaient les mains.
Ça y est ! ils allaient enfin devenir riches après tant d'années de galère, les fins de mois qui commencent le 10, à se serrer la ceinture ; la gloire les attendait au tournant, peut-être même que des journalistes de la RTBF viendraient les interviewer.

Ils habitent en Belgique, une station balnéaire de la mer du Nord.
Voilà bientôt 20 ans, qu'ils ont installés leur baraque à frites sur la Côte.
"Chez Dominique, aux meilleures frites belges" voilà ce qu'il est écrit sur la devanture.
Depuis quelque temps, les quidams, les touristes, les clients réguliers font la queue devant la camionnette, et cela ne désemplit pas, notamment le dimanche soir.
Il parait que c'est à cause du sel...

Méfiez-vous des conseils, des adages, le temps quand il vous ralentit ne favorise pas toujours l'introspection.

Et il n'est pas dit que des temps meilleurs suivront...

Rédigé par Olivia Merlen le Jeudi 27 Mai 2010 à 19:53
d.n°36
EXTRAIT

Parfois quand elle faisait du stop, elle avait comme une vision de sa mort. Dans son esprit, elle voyait la voiture dans laquelle elle se trouvait sortir de la route. Elle se demandait alors ce qui se passerait l'instant d'après qu'elle serait morte. Cette pensée résonnait en elle comme un écho. Elle ne cessait pas de voir la voiture quitter la route. Et puis elle commençait à s'inquiéter : et si la mort était une erreur ? Et si en ce dernier instant, juste au moment où cela arriverait, elle se rendait compte que son action était vraiment une erreur ? C'était sa seule préoccupation : qu'elle n'avait peut-être pas le droit de mourir.

DIGRESSION


                                   Ébauche pour le Manifeste du bien vivre ses derniers instants
                                                        (pour le droit de mourir en paix)


"Attendez ! C'est une farce, n'est-ce pas ? Vous devez vous méprendre. Pas maintenant, s'il vous plait. Please..."
Mourir, à l'heure dite - et tout bascule.

A-t-on le droit de mourir ? Si l'on part du principe que l'on ne choisit pas de naître, donc de vivre, peut-on choisir sa mort ? Qui, en dehors de toute considération éthique, religieuse ou morale, est-il le plus à même de décider de son sort, sinon soi-même ?
Et dans ce cas précis, mourir est-il véritablement un choix ou la fatalité ?

Quelle que sera votre mort, nous avons tenté de définir un précepte en trois points (à adapter selon les situations) qui vous permettra nous l'espérons, de mourir en paix.

1°) La dernière parole

La dernière parole adressée aux vivants est loin d'être anodine ; une phrase réussie vous suivra longtemps après votre disparition. Il est donc essentiel de ne pas prendre ce dernier instant à la légère. Si cela vous est possible, nous vous invitons à l'anticiper. 
Avant toute chose : faire preuve d'imagination.
Peu d'entre-nous sont, à l'instar d'un César, des maîtres de l'improvisation. En aparté, saluons l'homme qui en lançant à Brutus, le fils parricide un tranchant "tu quoque mi fili", profita de cette situation exceptionnelle pour clore son histoire et entrer dans la légende. Ainsi donc, si vous briguez une certaine pérennité, faites preuve de discernement et d'intelligence.

NB : Prononcez vos dernières paroles de façon claire et intelligible afin qu'elles puissent être rapportées correctement.

Épargnez-nous, au nom du ciel :

Les lieux communs du style : "ah, déjà...."
Les traits d'humour indigestes : "est-ce que quelqu'un part avec moi ? "
Les derniers aveux qui prennent tournure de révélations :
- "je suis homosexuel depuis l'âge de 13 ans", à sa femme
- "je ne suis pas ton père, mais ton grand-père", à sa fille
- "je n'ai jamais aimé que les chats", à son chien
- etc...
Avant de commettre l'irréparable, posez-vous les bonnes questions :  Est-il vraiment indispensable de divulguer vos secrets après tout ce temps passé ici-bas à se taire ? Agissez-vous réellement pour le bien d'autrui ou dans l'espoir ténu d'une rédemption dans l'au-delà ?

Souvenez-vous également que vos dernières paroles doivent refléter un aperçu de votre passage sur terre. Soyez cohérent avec vous-même.
Prenez exemple sur le peintre Corot qui conclut par ces mots : "J'espère de tout cœur que l'on peut peindre au ciel"
A l'identique, la phrase la plus adéquate pour un politicien pourrait être : "et maintenant citoyen, aux urnes"
- pour un amateur de golf : "ce sera mon plus long parcours", en swinguant avec les mots
- pour un menteur : "je suis très content de partir", avec un sourire
- pour une chanteuse : "mes amis, je reste sans voix", mezza voce

Une fois encore, nous ne saurions que trop vous répéter : de la mesure de grâce, de la mesure...  Des propos appropriés sont un gage de mémoire, ils vous succèderont parfois.
Permettez-moi d'évoquer ici mon arrière grand-père, un des poilus de 14, qui mourut dans les tranchées, dont personne ne se souvient plus excepté de par cette dernière phrase (un de ses camarades combattant l'ayant rapportée à sa veuve) qui le maintient toujours en vie "qui a dit que la guerre était une nécessité ? "

Il arrive que certains laissent derrière eux une énigme, ainsi un : "enfin... il y a une justice", laisse pantois. Est-ce un constat de vie ou un éclairage sur l'après ?

2°) La dernière pensée

Nombreux sont ceux qui, s'accrochant à un détail, ont dû succomber avec de banales pensées. Nous sommes là pour vous éviter cette effroyable erreur.
Au moment voulu, tâchez de vous concentrer sur un moment agréable de votre vie ou sur une personne qui vous est chère. Rien de pire qu'un départ avec devant les yeux, l'affichage du prix de l'andouille chez le boucher (même le meilleur du quartier), votre patron arborant une grotesque cravate, votre dernière panne sexuelle, etc.
Préparez vous en amont (toujours dans le cas où cela vous est possible) à ce dernier souvenir, libérez votre esprit et votre cœur, mettez-vous si besoin dans les conditions du direct (allongé nu sur un lit, affaissé dans un fauteuil la tête sur l'épaule, par terre devant la porte ouverte du réfrigérateur....), laissez venir à vous des images positives.
Paradoxalement - mais la mort est pleine de surprise - il est impératif de ne pas trop s'épancher sur votre parcours, vous n'en aurez pas le temps le jour J. Pas la peine non plus de vous polluer la tête avec des questions d'argent (il sera dépensé par vos héritiers), des histoires de famille (savoir qui a pris l'argenterie de tante Hélène, n'est plus de votre ressort), des jalousies (soyez sans crainte dans votre état, personne ne vous enviera plus), et votre œuvre, si vous en avez une, sera dispersée un jour ou l'autre.
Rappelez-vous plutôt ce qui vous faisait vibrer, votre amour, votre passion, tout ce dont vous étiez le plus fier.

A ce stade, le plus cher ne peut être qu'immatériel.

Un conseil : choisissez bien.

3°) La dernière chose à faire

Jésus avait préparé sa dernière Cène très minutieusement.
A votre tour d'être créatif : hurlez sur quelqu'un si vous êtes timide, monter dans un ascenseur si vous êtes claustrophobe, passez vos vacances chez les naturistes si vous n'aimez pas les poils... En un mot, lâchez-vous, carpe diem après ce sera fini, terminé.
Basta.

En toute franchise, nous pensons que la dernière chose à faire et la meilleure de loin, serait sans doute de ne pas mourir...

Rédigé par OO le Samedi 15 Mai 2010 à 22:23
d.n°35
EXTRAIT

HARPER : Qui êtes-vous ?
PRIOR : Et vous ?
HARPER : Que faites-vous dans mon imagination ?
PRIOR : Et si c'était vous qui étiez dans la mienne ?
HARPER : Mais vous êtes maquillé ?
PRIOR : Vous aussi.
HARPER : Mais vous êtes un homme ?
PRIOR : (feignant la stupeur et l'épouvante, il mime qu'il se tranche la gorge avec un bâton de rouge à lèvres, et qu'il meurt, dans un fabuleux mouvement tragique) Mes mains et mes pieds m'ont trahi.

DIGRESSION

Dans le métro.

La scène se déroule en noir et blanc à cause des deux personnages principaux qui ne sont pas à leur place dans la vie. Aucune couleur dans le wagon, les visages sont gris. La voiture est pleine à craquer, il est tard, les gens rentrent chez eux, ils ont l'air exténués, malades, des enfants apeurés sont agrippés à leur mère qui se tient au poteau. On aperçoit un exhibitionniste dans un coin, une bande de pickpockets arpente le couloir en poussant les voyageurs. On les reconnaît parce qu'ils sourient. Personne ne parle, le bruit que l'on entend est celui de la rame auquel s'ajoute la musique de l'accordéoniste roumain qui joue depuis trois stations déjà, une version raccourcie de "La foule" la chanson d'Édith Piaf - et ne se semble pas vouloir s'arrêter. Il est emporté par le rythme de la musique, il a chaud, il transpire, il est sale. Une femme à l'allure bcbg se presse contre les portières pour ne pas entrer en contact avec lui. Marc et Paul ont déjà quitté leur prénom, ils ont réussi à trouver une banquette libre, une vieille femme très ridée est debout face à eux. Elle ne tient pas sur ses jambes, elle s'accroche désespérément à la poignée en suspension au-dessus de sa tête.


JOY : Tiens, tu as de nouvelles boucles d'oreilles ?

SYLLA : Ah ! Tu as quand même fini par les remarquer. Made in USA ma chère, c'est Sissi qui me les as rapportées de Miami, elles sont sublimes n'est-ce pas ? Mon patron refuse catégoriquement que je les porte, il est contre les signes ostentatoires de...

JOY : Quel con alors celui-là ! Je ne le supporte plus. Sale pédale, trouillard !  C'est ça son vrai problème, tu le sais, n'est-ce pas ? Encore un qui ne veut pas admettre son moi profond. En réalité, je vais te dire, tu lui fais peur. Sais-tu ce que tu représentes pour lui ? tu es le porte-parole de ses désirs réprimés. Quand je pense...

SYLLA : Stop je t'en prie, ne parlons plus de lui, je l'ai déjà sur le dos toute la journée, épargne au moins mes nuits.

JOY : Excuse-moi chérie, c'est que... je n'y arrive plus... les contraintes, les secrets, toute cette hypocrisie... Je suis à bout. Sais-tu que j'ai demandé au médecin de me prescrire des antidépresseurs plus puissants.  Voilà dix ans que je carbure à ces saloperies tellement je suis mal. Qu'est-ce que tu dis de ça ? Je meurs, tu m'entends, j'agonise à cause de tous ces cons qui n'y comprennent rien, qui nous jugent. La normalité. Il rit. Ça signifie quoi la normalité pour eux ? Sincèrement, tu crois qu'ils sont mieux que nous, dis-moi, ils sont mieux que nous ? Vraiment ?

Il parle fort, comme si Marc ne l'entendait pas, alors qu'il se trouve assis à côté de lui. La vieille n'arrête pas de tousser.

SYLLA : Chut, chut, voyons, calme-toi, tout le monde nous regarde, je t'en prie sois plus discrète.

JOY (cette remarque de son ami ne fait qu'exacerber sa colère, il crie presque maintenant) : Me calmer, c'est la meilleure ! Et c'est toi qui me demande ça ? Me taire ! Me taire alors que cela fait presque quarante ans que je ferme ma gueule au nom de la famille, des bonnes mœurs, de la protection des mineurs et puis quoi encore ? toutes ces conneries qu'ils ont inventées pour nous tenir en laisse, des chiens oui. Alors, me taire... C'est assez, tu entends, assez ...

Il a les yeux embués de larmes, son rimmel coule. Les gens autour d'eux les inspectent sans bien comprendre ce qu'il se passe. Certains lèvent les yeux au ciel, d'autres ont une esquisse de sourire moqueur au coin des lèvres.

SYLLA (il est embarrassé, il ne sait pas quoi faire, il cherche dans ses poches, dans son sac un mouchoir) : Écoute, écoute-moi bien, j'ai quelque chose à te dire, j'attendais un moment propice mais.... Tu m'as l'air tellement bouleversée. Je... Voilà, j'ai entendu parler d'une ville où les hommes sont comme nous.

JOY (il renifle, se mouche bruyamment) : Que veux-tu dire ? Qu'est-ce que tu entends par "comme nous" ?

SYLLA (il chuchote pour ne pas qu'on l'entende) : Eh bien, tu sais voyons... des hommes qui ne sont pas tout à fait des hommes, qui préfèrent s'habiller avec des matières plus féminines, qui ont un tube de gloss dans leur sac à main.... Ne fais pas celle qui ne comprend pas.

JOY : Pfff...

SYLLA : Si, si, je t'assure. Il existe un endroit en France où les hommes se maquillent, ils portent même des perruques blondes et des soutiens-gorge.

La vielle dame s'est arrêtée de tousser, elle fait semblant d'être ailleurs, mais on la sent très concentrée sur la conversation.

JOY ( il le toise exaspéré, il parle sur un ton agressif ) : Foutaise ! En fait, tu veux ma peau, tu ne supportes plus de vivre avec un bi-polaire, tu ne sais pas comment t'y prendre pour me l'avouer alors tu me mets sur une fausse piste, tu crées du désir pour que je parte en quête d'un endroit qui n'existe pas. Ça suffit avec tes fantasmes, fiche-moi la paix !

SYLLA :
Pas la peine de retourner ta colère contre moi. Si tu ne me fais plus confiance, j'abandonne. Réfléchis un peu, tu es le centre de ma vie depuis cinq ans. Vraiment, tu es injuste envers moi. Je n'essaie pas de te manipuler, c'est un lieu bien réel. Te rends-tu compte ? Nous pourrions enfin vivre libres comme n'importe quel individu.

JOY : Mouais... Permets-moi d'en douter. Et en quel honneur... Pourquoi serions-nous autorisées à jouir d'un tel traitement ? La loi n'est-elle pas la même sur l'ensemble du territoire français ?

SYLLA : Hum.... je ne peux pas te répondre précisément, il faudrait que je me renseigne davantage...

JOY : Tu vois... J'en étais sûr ! Et où se trouve t-elle cette ville paradisiaque ? tu l'ignores sans doute aussi...

SYLLA : Non pas du tout, arrête de te moquer de moi, c'est là-haut que ça se passe, au Nord du pays, à la frontière belge.

JOY : Et en plus, il gèle ! (Marc le pince pour se moquer de lui gentiment) Aïe, tu es fou, ne t'avise pas de recommencer, je ne supporte pas qu'on me touche en ce moment,  j'ai grossi, la faute à ces putains d'hormones...

A ce moment la vieille interrompt leur dialogue, elle prend la parole.

LA VIEILLE : Pardonnez-moi messieurs mais j'ai entendu votre conversation. Si je puis me permettre de vous donner un conseil ? Elle ne les laisse pas répondre, elle enchaîne. Je crois que l'on vous a induits en erreur, les hommes dont vous parlez se travestissent, certes, mais pour des raisons culturelles uniquement, ce n'est absolument pas instictif comme chez vous. Vous irez au devant de grandes désillusions si vous menez votre projet à terme. 
Au demeurant, pourquoi vous dissimulez-vous, regardez comme les gens dans ce wagon sont transparents, si telle est votre manière d'exprimer votre personnalité, alors vivez à ...

Ils ne la laissent pas terminer, ils se lèvent et lui répondent d'une même voix.

JOY & SYLLA : Ta gueule vieille salope !

La porte s'ouvre, ils quittent la rame de métro, s'engouffrent vers un monde encore plus noir, tout en continuant à discuter entre-eux.

Emportés par la foule, qui nous traîne, nous entraîne, écrasés l'un contre l'autre nous ne formons qu'un seul corps, et le flot sans effort nous pousse enchaînés l'un et l'autre et nous laisse tous deux épanouis, enivrés et heureux.....


Rédigé par OO le Jeudi 13 Mai 2010 à 18:31
d.n°34
EXTRAIT

Comme Alexandre créait des villes partout où il courait, j'ai laissé des songes en forme de femmes partout où j'ai traîné ma vie.
DIGRESSION

Si longtemps adorée dans mon pays natal
elle repose au cimetière
elle reste seule, allongée, silencieuse
Ma mère
Oui, j'ai aimé des femmes
Une vie d'homme bien remplie
Oui, j'ai aimé les femmes
Et après ?
Passe ton chemin maraud, je ne m'en vais plus nulle part
La transmission est affaire de bonne femme
Que je te raconte, que je te raconte quoi ?
Plaire est tâche difficile

Terre d'habitation
La femme
Terre d'asile
Berceau de l'homme
Woman
Tendresse, câlin, le fils de l'homme n'est pas un homme, ouin, ouin
Freud le savait, Œdipe en exergue en fit les frais

De mes voyages, souvenirs en bouteille de quelque dame
Qui existaient ou pas, que j'ai dû inventer
Je ramasse plus que je ne trouve
Je cherchais des sirènes
Un pont, le mât, des cordes pour m'attacher
J'entends leur chant, rauque, intérieur
Moi sybarite, moi moins que rien
J'ai cru sentir le souffle des fonds marins

La terre est femme, la mer est femme
L'Afrique est femme, l'Europe est femme
Sont femmes l'Amérique et l'Océanie
Une vie entière à marcher sur leur tête
Salaud
Le monde est féminin
Sorry ladies, je perds pied

Et je fus projeté dans l'espace, dans une capsule avec un chien, un chimpanzé
Où ?
Je ne me rappelle plus
Pépé ?
Ce sont les femmes qui m'ont mis en orbite
Adieu au spécimen, X,Y en fuite avec moi dans l'espace
Fini le souci d'enfanter
A elles leur corps dépendant
A la disparitions des amours masculines
A l'éternelle jeunesse
A la gravité qui nous effondre
Semblaient-elles me dire en m'installant dans la nacelle
C'est un enfer vous dis-je
SOS hommes solidarité, ne me laissez pas sans elles

Oui, je le veux
Oui, je le veux

Satané mariage

Rêve de femmes

Rédigé par OO le Mercredi 12 Mai 2010 à 08:34
d.n°33
EXTRAIT

{...} ses cheveux faisaient une ombre substantielle sur son nez abyssin.
DIGRESSION

Je l'ai toujours trouvée laide, Jeanne. Laide au plus haut point, il ne me serait jamais venu à l'esprit de rentrer de l'école avec elle, ni même de lui adresser la parole en public. Nous étions toute une bande d'adolescents et il faut avouer que nous n'épargnions personne. On se sent toujours fort lorsque l'on est accompagné d'un groupe, d'autant plus que ce groupe se compose des trois plus jolies filles du collège, et de quelques gros bras, dont Tony qui a hérité de son boxer de père - un poids mi-lourds professionnel - le goût de la bagarre et un coup de poing facile. Pour cette raison, il valait mieux être en dedans qu'au dehors de ce cercle ultra-privilégié. J'avais été intégré dans leur clan accidentellement, le jour où le professeur de littérature Mr. Willow nous avait chargés (Clara, l'une des trois beauté du groupe et moi-même) d'un exposé sur William Shakespeare, auteur que je vénérais et dont je connaissais des passages entiers sur le bout des doigts. J'écrivis et réalisai solitairement le document consacré au dramaturge anglais, nous récoltâmes, la note plus qu'honorable de 17/20, ainsi que les félicitations appuyées de notre professeur. Une notation qui fit grimper la moyenne annuelle de Clara. Cette dernière était aux anges et pour me remercier, elle m'introduisit peu à peu dans le groupe. Je n'en menais pas large, très impressionné par leur fausse rébellion, ils n'étaient rien d'autre finalement que des petits-bourgeois, des fils à papa, qui passée leur vingt et unième année, rentrèrent rapidement dans les rangs.
J'étais devenu un suiveur, à la traîne, je répétais comme un perroquet les bêtises de mes nouveaux camarades. Une de nos occupations favorites était de nous moquer des gens et de leur jouer de sales tours. Et l'un de nos souffre-douleur favoris était bien sûr, Jeanne la vilaine.
Ce qu'elle a pu endurer la pauvre ! Étant le seul de l'équipe à savoir écrire correctement, on me confiait la rédaction de lettres diffamatoires à son attention, que je glissais subrepticement dans son cartable ; un véritable traitre, elle ne m'avait rien fait hormis sa laideur.


Ma chère Jeanne,

Je n'irai pas par quatre chemins, je t'aime. Oui, je t'aime, même si sans doute tu dois te demander pourquoi, toi qui as si peu d'avantages.
Alors tu penses que je t'aime pour ta beauté intérieure, une beauté qui traverse les âges, intemporelle, qui ne prend pas une ride.
Non, Jeanne ce n'est pas pour ça que je t'aime.
Tu te dis alors que c'est à cause de la fortune de ton père, brillant avocat d'affaires et que ses relations pourraient me servir un jour. Il n'en est rien.
Est-ce à cause de la grande maison de campagne (salle de billard, écuries, piscine et cours de tennis) où tu te réfugies le week-end et dont tout le monde parle en ville ?
Certes non.
Est-ce (sait-on jamais) parce que lors de la dernière fête de fin d'année tu as su te démarquer par tes talents de pâtissière et nous ramener des gâteaux faits maison tellement succulents que Tony et Marc se sont battus pour avoir la dernière part?
Non, non et non
Je me mets à ta place, tu cherches, tu cherches, comment est-il possible que quelqu'un puisse te trouver si belle?
A ce moment de la lecture, tu te languis, tu voudrais connaître la raison d'un tel engouement, voici ma confession, chère, très chère Jeanne :

J'aime tes yeux globuleux, dont la couleur est indéfinissable étant donné la saleté de tes lunettes.
J'aime ta moustache naissante qui me donne l'impression d'être revenu au XVIIème siècle, et de converser avec une espèce de d'Artagnan pré-pubère.
J'aime tes innombrables comédons à maturation - explosion imminente - qui couvrent tes joues grassouillettes.
J'aime tes cheveux fillasses, d'une couleur... on dit jaune cocu je crois ?
J'aime ton nez trop long, trop fin, il ressemble à la règle métallique dans nos cartables.
J'aime ta bouche démesurée qui te dévores le visage (note que c'est certainement la seule bouche à ne pas être écœurée par ton aspect).
Et avant d'oublier.... ne ris surtout pas, on verrait tes dents et tes dents c'est Bagdad !
Enfin, j'aime ton corps, tes cuisses surtout, avec lesquelles on pourrait réduire la famine en Afrique.
 
Voilà chère Jeanne, tous les "pourquoi" je t'aime.

Ton grand admirateur inconnu, et qui le restera.
Le Mercator


C'était méchant, gratuit, c'était il y a douze ans, treize ans, et je n'en suis pas fier.
Aujourd'hui, je suis photographe de mode, je continue à aimer les mots et la littérature. Cet après-midi, j'avais un shooting dans un loft à Greenwich. Le mannequin est arrivé, je suis rarement bluffé par un physique, mais quand j'ai vu cette fille, je suis resté bouche bée.
La séance photos a commencé, je tournais autour d'elle, elle était sublime, parfaite.
Pendant la pose, elle se pencha en avant, gracieuse, légère, ses cheveux faisaient une ombre substantielle sur son nez abyssin...

Et je reconnus Jeanne.  

Rédigé par OO le Mardi 11 Mai 2010 à 10:56
d.n°32
EXTRAIT

F.FELLINI : {....} Je crois que l'art, c'est ça, la possibilité de transformer l'échec en victoire, la tristesse en bonheur. L'art, c'est le miracle....
DIGRESSION

Recette de l'art (difficile)

Temps de réalisation : une vie

Ingrédients (ajuster les quantités selon expérience personnelle)*

- une enfance malheureuse
- un père alcoolique ou absent ou brutal (ou les trois) - en option un père comptable fait aussi l'affaire
- une mère narcissique ou névrosée ou égoïste (ou les trois) - en option une mère qui s'enfuit avec son amant augmente les chances de réussite
- attention : une adolescence ratée + acné + masturbation ne garantit pas le succès
- l'ennui est préconiser, il favorise l'imagination, le rêve, les fantasmes
- la pauvreté, le R.M.I, vivre au crochet d'autrui, restent des clichés tenaces
- quelques obsessions (la mort, les femmes, la politique,...) sont à prévoir
- la suffisance du génie, l'art de se positionner intellectuellement au-dessus de la masse
- le tiraillement : faire un moment donné le choix de se fondre dans la norme ou d'accepter sa marginalité ; un choix élitiste diront certains
- faire fi des critiques : de l'entourage proche, du milieu et des professionnels, ne pas se laisser influencer sous peine de retour en arrière ; un artiste n'écoute personne sinon les morts et les anciens
- la jalousie (avec son lot d'injustices et d'inégalités) : se passe de commentaires, dans le cas présent, nous sommes tous égaux
- le spleen (mais c'est un peu dépassé), l'alcool (reste une valeur sûre), la drogue (maintenant dans tous les milieux, hélas..)
- crédulité (pour qui se prend-il?), insouciance (pas de points retraite)

Mais aussi et surtout
- liberté, liberté chérie

Liste non exhaustive...

Étape n°1

Notre objectif n'est pas ici de vulgariser l'art mais d'essayer d'établir un profil de l'artiste. Le Vrai ! Normalement ce dernier, pour être performant à l'âge adulte, doit avoir subi au moins un traumatisme d'enfance, de type : décès d'un ou des deux parents (si possible tragiquement), abandon, divorce douloureux, viol, violence, etc..
Nous alertons les géniteurs ou futurs géniteurs d'un artiste sur ce point, il est impératif de faire durer la souffrance de cette première partie de la vie de l'enfant, au moins une décennie, pour prétendre à l'art. Il peut également avoir vécu, outre les drames personnels, des épreuves collectives liées par exemple au régime politique de son pays d'origine (dictature) ou à un événement climatique (tsunami).
Un conseil : le laisser mariner dans son jus, ne pas lui venir en aide. La résilience avec son lot de psychiatres, psychologues, etc. est son pire ennemi. Le mieux est qu'il développe un univers personnel : l'enfermement dans une chambre, un passage à la cave... est préconisé pour une progression en accéléré.
Surtout ne pas essayer de le comprendre, ne pas l'écouter, le contraindre au quotidien, lui mettre des bâtons dans les roues.
Un artiste productif est un artiste malheureux !
Lui créer malgré tout quelque souvenir heureux, une grand-mère gâteaux, un oncle qui l'emmène à la pêche,... à vous de juger.
Lui laisser également à disposition des magazines de mode très pointus type Vogue, de la musique classique - Bach fera l'affaire - l'intégrale de Fellini en DVD, les œuvres de Dostoïevski, Tolstoï, etc.. pour qu'il comprenne que la concurrence est rude.

Étape n°2

Arrivé à l'âge adulte, le jeune futur artiste en herbe se voit proposer deux voies :
- s'il a de la chance : intégrer une école d'art, université, théâtre,...
- s'il a la poisse : et nous recommandons cette solution - vive les autodidactes - rien, le néant, la galère.
La création a sans doute besoin de technique, mais n'a pas besoin de règles, enfin souhaitons-le !
Dans les deux cas, nécessité pour lui de prendre conscience que l'art compte plus que tout, plus que l'amour, la famille, l'argent ou le bonheur : ces chimères...
Bravo à vous, qui préférez réussir votre art et gâcher votre vie.
A l'inverse, passez votre chemin.
Au début, nous suggérons au jeune artiste un logement miteux, un squat, une collocation, l'essentiel étant de se mélanger à des spécimens du même type, à fréquenter plusieurs courants artistiques ; ce qui crée souvent une émulation réciproque (avec une bonne dose d'alcool et de substances illicites, de désespoir et de révolte), et amène au dépassement de soi.
Pour subvenir à ces maigres besoins, il s'essaiera aux petits boulots, qui lui rapporteront juste de quoi survivre, l'aliéneront et l'empêcheront d'avoir l'âme libre pour travailler.

Étape n°3

Passée la quarantaine, l'artiste doit s'accrocher.
Là encore deux solutions :
- il a eu beaucoup de chance, a su se montrer opportuniste, a rencontré les bonnes personnes au bon moment (nous parlerons ici de destin). Voilà donc notre artiste établi, soulagé de ses tourments matériels, reconnu, sollicité de toute part, etc. L'État le sollicite, les mécènes privés également, il passe à la télé, tout le monde le veux. Il prend un peu la grosse tête ou beaucoup selon l'espèce ; un inconvénient de la réussite, généralement provisoire.
Nous insistons bien sur le fait que ce genre d'artiste - l'artiste qui a réussi - reste minoritaire.

- voilà vingt ans qu'il galère, il se sent déjà au bout du rouleau. Ses amis l'ont lâché, ses parents sont morts, il fait de l'alimentaire, surtout de la merde. Il se rend compte que personne ne le comprend, il a l'impression de ne pas être à sa place. Il a raté sa vie, c'est une certitude. Il n'intéresse plus grand monde, même les plus fidèles le croient paresseux et improductif. L'échec. Ils n'en peuvent plus de ce fiasco, ils le considèrent coupable. Coupable de ne pas réussir, de leur avoir menti, de s'être pris pour un artiste, de pas être connu et reconnu. Eux-mêmes qui n'y connaissent rien, se disent que c'est un nul puisque cela ne marche pas. Ils ne sont pas à même de juger, mais ils jugent, ils montrent du doigt le traitre.
Menteur, illusionniste.
Et l'autre idiot, il continue de souffrir.
Artiste maudit, artiste raté : l'artiste idéal...

Dans les deux cas, et surtout dans le second, puisqu'il est seul face à son art, l'artiste est en proie au doute. Un doute qui le ronge, rarement satisfait de son art, en questionnement perpétuel, l'artiste est un être torturé.

4ème et dernière étape
Nous passerons ici sur l'artiste qui a réussi ; il a généralement suivi la route du succès, au moins connu son heure de gloire, meurt avec les honneurs de la Culture, sans grand intérêt pour notre recette.

Intéressons-nous plutôt à l'autre, l'artiste en déroute, il est sur la fin, il va se suicider ou mourir d'un cancer. Et c'est là, juste un peu avant ou un peu après sa mort, qu'on va enfin comprendre le génie qu'il était ! On l'adule, il devient un phénomène de mode, on écrit des livres sur sa vie, les plus grands réalisateurs tournent des biopics, son œuvre est enfin comprise et se vend à des prix exorbitants.
C'est une farce, une comédie, un miracle.. Oui, effectivement un miracle, puisque cela ne concerne, encore une fois, qu'une minorité d'artistes morts.
La grande majorité des artistes - même décédés - voyant leur œuvre passer à la trappe.

Mais c'est exactement ce qui est merveilleux dans l'art, passer toute une vie misérablement, et se consacrer à son œuvre, pour rien, le néant, uniquement pour la beauté de l'art, voilà le vrai miracle !


NB* : Nous avons pris le parti de définir l'art du point de vue de l'artiste, puisque c'est lui qui le crée ; sans artistes, l'art n'existe pas.

Rédigé par OO le Lundi 10 Mai 2010 à 13:06
d.n°31
EXTRAIT
A : Que dirait-elle aujourd'hui à propos de l'Afghanistan ?
H : Que ce pays n'en serait pas là si c'était une république soviétique.
A : Avec l'homme nouveau !
H : Mais pas avec "l'homme moderne". Notre contemporain, obsédé par le travail, évite l'amour. Par égoïsme il ne peut accepter le mariage mais il ignore l'art d'aimer. Il a créé un système dans lequel il est impossible de vivre.
A : Morituri te salutant !
{ Et nous rions comme on éternue...}
DIGRESSION

En 2028, un seul homme régnait sur terre, il se prétendait descendant des empereurs romains, Louis Caligula. Il gouvernait le monde depuis Rome qui avait recouvré grâce à son acharnement toute sa superbe. Il fit ériger en plein cœur de la ville un palais de verre et d'acier, haut de cinquante étages, pour voir et être vu. De sa tour de contrôle, il projetait 24 heures sur 24 sur les murs des immeubles, des vidéos de lui en temps réel. Il avait une équipe de télévision qui suivait ses moindres faits et gestes. Il prodiguait à la population des conseils pour se maintenir en forme afin de fournir un meilleur rendement, il leur démontrait ainsi combien l'activité professionnelle était nécessaire tant à l'épanouissement personnel qu'à la santé économique et sociale du pays. Un exemple à suivre.
Il était petit et sec, intelligent, sournois et vicieux, doté de deux petits yeux rapprochés et scrutateurs. A l'adolescence déjà à moitié fou il s'était marqué avec un tisonnier à la joue gauche ; une croix inversée, tellement profonde qu'elle entretenait une légende affirmant qu'on pouvait toucher l'os si on y enfonçait un doigt.
En Italie, on ne savait rien du reste du monde depuis la dernière guerre nucléaire, la seule chose dont on était sûr, c'est que l'humanité s'était considérablement réduite et que s'il restait encore des hommes sur cette terre, c'étaient des bêtes.
Louis Caligula prétendait que Rome avait été préservée à cause de lui, parce qu'il était le nouveau Messie.

Avant la catastrophe, il était généticien, spécialiste du clonage. Un très grand scientifique, charismatique, ambitieux, précurseur et avide de pouvoir. Excellent négociateur, il se servait de sa renommée pour recueillir des fonds privés destinés à l'évolution de ses recherches. 
Il avait des ambitions pour l'Homme.
Dossier confidentiel.
Il convainquit ses collaborateurs de l'aider à se reproduire scientifiquement.
Cent clones de Louis Caligula furent créés. Il y eut beaucoup de déchets, des corps imparfaits, des monstres aux yeux scrutateurs sur tout le corps, des bébés qui naissaient sans orifices, ni bouche, ni nez, qu'il fallait tuer dans les trois jours où ils implosaient. Meurtres. Certains chercheurs souffraient de ce manque d'humanisme, mais Caligula n'était pas sentimental, il voulait des doubles parfaits. Il avait élaboré toute une série de calculs et trouvé une formule permettant à ses multiples de grandir de dix ans chaque année, d'arrêter leur croissance et de reprendre une progression normale, une fois atteint l'âge adulte. Quand il eut réuni cent de ses semblables, il les chargea de le débarrasser de son équipe de chercheurs, devenus des témoins inutiles et gênants.
Il les marqua également au fer rouge d'une croix inversée, moins profondément toutefois que la sienne.
Se différencier de ses répliques.

Et l'apocalypse s'abattit sur la planète. Il semblait que la Terre avait disparu de l'Univers. Seule Rome émergeait du chaos. Louis Caligula envoya des émissaires à travers tout le pays et sur tous les continents pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'autres survivants. Si tel était le cas, en faire des prisonniers pour la main d'œuvre.

Depuis la réussite de son expérience, son cerveau était en ébullition permanente.
Cet excès de lui l'entrainait dans une mégalomanie sans pareil. Malheureusement, il ne pouvait plus se cloner, il ne savait pas pourquoi mais au delà de cent ses reproductions n'étaient plus que des chairs molles, sans membres, qui lui glissaient des mains comme des vers.
Et à eux cent, ils semaient déjà suffisamment la terreur dans la ville. Il fondait son pouvoir sur des thèses passéistes : le travail, la productivité et la méritocratie.
L.C lançait des réformes à tour de bras qui n'avaient ni queue ni tête. Ainsi, en raison des moustiques, transmetteurs de maladies mortels, qui investissaient la ville à la tombée de la nuit, il rétablit le couvre-feu à 21 heures, et faisait exécuter en pleine rue quiconque désobéissait à cet ordre.
Il prônait l'instruction pour tous. Il voulait une nation d'intellectuels, il préconisait la performance et la rivalité dans tous les domaines. Les plus intelligents - suivant ses critères - recevaient des primes, on se moquaient de ceux qui ne réussissaient pas : traînards, faibles, paresseux.
Mais Caligula était une vraie girouette, il était difficile de le suivre, un jour vous faisiez partie de l'élite, le lendemain, vous vous faisiez assassiner pour les mêmes raisons.
Ce qui alimentait surtout la compétition était que les plus méritants avaient le droit d'être dupliqués, généralement à dizaine d'exemplaires.
Avait accès au clonage quiconque était reconnu comme grand professionnel, résistant au stress et sachant manager une équipe, il devait mesurer entre 1,70 mètres et 1,85 mètres, être de race blanche, hétérosexuel, et posséder un quotient intellectuel supérieur à 130 (examen clinique de rigueur).
Il s'agissait de repeupler la planète avec des hommes purs.
 
La promotion se transformait parfois en calvaire. Les problèmes avec les clones étaient nombreux. On s'aperçut par exemple, que le modèle original concentrait toutes les pensées de ses clones dans son cerveau, il ressentait également leurs blessures, leurs états d'âme, leur colère, etc. De plus, il y en avait toujours au moins un sur les dix en activité, ce qui influait sur les nerfs et le sommeil du premier qui était souvent moralement épuisé. C'était très difficile à gérer pour l'être humain. Heureusement les psychiatres pullulaient à Rome et ils tentaient de calmer les référents avec des anxiolytiques puissants. Les cures de sommeil étaient nombreuses.
Certains clones mourraient sans explication, d'autres se soulevaient contre les hommes, ils ne supportaient plus leur domination. Il fallut en abattre des milliers.
On ne pouvait plus compter sur les clones pour repeupler la planète. Sur les femmes n'ont plus d'ailleurs puisqu'une grande campagne de stérilisation (obligatoire) avait été lancée ; aucune d'entre elles n'avaient réussi à y échapper.

L'homme nouveau était une imposture.

En haut du palais de verre et d'acier, vivait recluse, Drusilla, la sœur de Louis Caligula. Elle voyait d'un très mauvais œil le despotisme de son frère. Haineuse. Elle lui en voulait terriblement d'avoir supprimer son amour, son grand amour. L.C prétendait que l'amour mène à la jalousie et il l'avait proscrit, il autorisait uniquement les mariages de raison, quiconque était surpris en train de tomber amoureux était brûlé sur le champ. Il s'était donc chargé du fiancé de sa sœur mais il n'avait pas eu le courage de la tuer, aussi l'avait-il consignée à demeure.
Par chance, Drusilla n'avait pas été stérilisée et était encore en âge d'avoir des enfants. Avec tous ces problèmes liés au clonage, Caligula craignait pour la pérennité de son règne.
Il demanda sa sœur en mariage.
Elle accepta. Il ne pensait plus qu'à ses noces. Il organisa une fête somptueuse et Rome retrouva durant quelques heures, un peu de sa dolce vita

Le soir venu, Drucilla qui attendait son frère dans sa chambre, se leva à son arrivée et se précipita dans le vide par la fenêtre ouverte. Louis Caligula eut le cœur brisé, à l'instant même il se rendit compte de son erreur ; son mariage avait mis un terme à l'humanité.

Rédigé par OO le Dimanche 9 Mai 2010 à 11:39
d.n°30
EXTRAIT

Bebra : Ah, l'air marin nous fait du bien.
Roswitha : Je veux.
Bebra : La poitrine se dilate.
Roswitha : Je veux.
Bebra : Le cœur sort de sa gangue.
Roswitha : Je veux.
Bebra : L'âme se développe.
Roswitha : Comme on embellit à regarder la mer !

DIGRESSION

Le paradis, ça n'a pas de prix et pour l'atteindre puisqu'il n'y a pas d'ascenseur - Dieu n'admettant pas en son antre les causes désespérées (dans ce dernier cas, s'en remettre à Sainte Rita ou tenter une échappée à Lourdes) - chaque nouvel arrivant, une femme le plus souvent, a après des semaines voire des mois d'attente le privilège de gravir enfin le fameux escalier en pierre blanche.
Dans les hautes sphères, trois secrétaires polyglottes assurent l'intendance, répondent au téléphone en anglais, accueillent une clientèle souvent anxieuse avec un sourire compatissant, des paroles rassurantes et une gentillesse exagérée ; ce qui en d'autre lieu pourrait paraître suspect.
Une fois pris les renseignements de rigueur, elles dirigent les clientes vers la salle d'attente, une pièce immaculée, refuge d'angoisses séculaires.

Voilà dix ans que le docteur Giorgio Arcangelo, chirurgien esthétique, s'était établi au bord de la mer sur la French Riviera. Des femmes arrivant de toutes l'Europe se pressaient aux portes de son établissement avec un seul leitmotiv "toujours plus docteur, toujours plus belle, faites moi encore plus belle". Sa cour de fidèles le surnommait Gigi. Sa réputation était internationale, on disait qu'il était le seul à rendre les femmes aussi belles, à n'importe quel âge elles arrivaient et en ressortaient transformées. Liftées, repulpées, siliconées, botoxées, aspirées, remontées... Plus de gras, ni de cellulite, plus de rides, ni de taches, c'était la fin des vieilles peaux, plus aucun frein à leur désir d'éternelle jeunesse, à leur avidité de se piquer, de s'agrafer, de se sentir serrées par les bandages, à leur obsession de lames tranchantes, de chairs recousues, de sourcils surélevés, de seins gonflés à bloc, de lèvres surdosées, d'acide en injection.
Le plein de souffrances.

A la sortie de la salle d'opération, il avait de plus en plus souvent l'impression d'avoir assisté à un match de boxe, d'avoir mis K.O toutes ces femmes, les bleus, les coups, s'était lui qui les avait donnés, sans jamais en recevoir, le King du ring.
Certes, il transpirait beaucoup.
Mais les femmes et leur quête effrénée de splendeur, il n'arrivait plus à les supporter.
Tous ces visages, toutes ces mêmes têtes, les unes après les autres toute la journée...
Il était entouré de créatures trop belles, trop semblables, trop parfaites qu'il avait lui-même créés.
Monstres de perfection.
En mal d'aspérité, il culpabilisait, il se disait qu'un jour les hommes allaient se réveiller, qu'ils lui tomberaient dessus et que cela serait justifié, il y a des limites à tout.

- Vous venez souvent ici ?
- Tous les jours.
- Je le sais déjà. Cela fait un moment que je vous observe depuis la fenêtre de mon bureau, je travaille juste derrière, à la clinique. Je vous avoue qu'au début, je ne vous avais pas remarquée, j'avais la tête ailleurs, vous étiez transparente, je ne voyais que la mer, c'est votre régularité qui m'a interpellé. Je ne comprenais pas pourquoi vous restiez assise là pendant des heures depuis deux mois, à ne rien faire. Qui attendiez-vous ? Je n'ai jamais vu personne vous rejoindre. Je me suis même demandé si vous n'étiez pas folle ou dépressive.
- Et vous vous êtes finalement rendu compte, qu'il n'en était rien. Puisque vous venez me parler c'est sans doute que je ne suis pas si folle. Vous êtes médecin, n'est-ce pas ?
- Oui, chirurgien.
- Et ?
- Et ? Et, je suis en plein questionnement. Surtout depuis que je vous observe.
- Pourquoi donc ?
- Parce que.. je peux vous poser une question très personnelle ?
- Je vous en prie.
- Je ne comprends pas, je vous regarde depuis des semaines, je vous observe avec des jumelles figurez-vous, je passe devant vous tous les jours et de quelconque - excusez-moi du terme - vous êtes devenue sublime. Et pourtant je vois bien que ni votre corps, ni votre visage n'ont subi de transformation. Je suis un grand spécialiste, même une amélioration très naturelle je la remarque. Quel est votre secret ?
- Oh, vous me faites rire. Vous ne savez pas de quoi il s'agit ? Sérieusement ?
- Je suis très sérieux, répondez-moi, c'est important.
- On embellit à regarder la mer. Ma grand-mère qui était très belle, me répétait souvent cette phrase, j'ai suivi ses conseils. Je ne vis pas ici à l'année mais quand je suis à Nice, j'en profite. Voyez-vous, si je reste trop longtemps à Paris, je redeviens banale.
- Vous plaisantez ! Vous êtes devenue si belle, ce n'est pas la mer, pas simplement en regardant la mer, vous me faites marcher, il y a autre chose.
- Évidemment qu'il y a autre chose, ce que je viens de vous raconter est faux. Mais alors, vous ne vous êtes vraiment rendu compte de rien ?
- Non, non, je vous assure, au nom du ciel de quoi devais-je me rendre compte ?
- Que vous tombiez amoureux.

Rédigé par Olivia Merlen le Vendredi 7 Mai 2010 à 20:08
d.n°29
EXTRAIT

" Le verre blanc porte bonheur ! " s'écria-t-elle en claquant des doigts ; puis elle alla chercher la pelle à poussière et la balayette et ramassa les débris ou le bonheur.
DIGRESSION

Didier vivait dans une arrière-cour à Pantin. Un appartement de plain-pied dans un immeuble de six étages, face à lui des immeubles, à ses côtés des immeubles, à perte de vue des immeubles, des immeubles en veux-tu en voilà. L'appartement bien sûr était sombre, la cour bruyante, la faute aux enfants de la concierge, Madame Sentier, qui en avaient fait leur résidence secondaire et invitaient à tour de bras les gamins du quartier et alentours. Ce remue-ménage perturbait Didier dans ses occupations quotidiennes. Il était retraité des usines Renault, loin du bruit assourdissant des machines, il aspirait au calme pour s'adonner sans mesure à sa passion. Il était taxidermiste au noir, se procurait parfois les peaux sous le manteau, activité non déclarée, petit trafiquant à la petite semaine, presque un hors la loi.
En aparté, il avait du se séparer de son chat que les animaux en décomposition, les fourrures et les plumes rendaient à moitié fou. Il réclamait sa part du gâteau, traînait dans ses jambes constamment, ronronnait avec ardeur. Plus les cadavres d'animaux s'amoncelaient dans la pièce plus il s'enhardissait ; un jour, il abima un lièvre fraîchement tué que son maître avait négligemment posé sur le billot, un legs de l'ancien boucher.
Ce n'est pas une chose à répéter ;  Didier vit rouge et ni une, ni deux, il empoisonna le chat. Il l'aimait pourtant bien, il aimait davantage les animaux morts. Il lui avait donc ôté la peau, le squelette - désossé Minet - puis il l'avait tanné et reconstitué. Il lui modela une position : debout, en appui sur les pattes arrières, ajouta une ampoule, des fils électriques et un interrupteur, et le plaça sur sa table de nuit en lampe de chevet. Voilà... Aussi ressemblant que l'original et, valeur ajoutée, plus jamais dans ses pattes.
Madame Sentier s'était inquiétée de sa disparition. Minet serait-il mort ? elle avait entendu la dame du deuxième parlé d'un chat écrasé la semaine dernière, de la charpie avait-elle précisé. Didier avait soupiré.

La taxidermie est très réglementée, Didier connaissait très bien le sujet. Hors de question de s'attaquer à des espèces en voie d'extinction ou d'être impliqué dans un réseau de trafic d'animaux, sans compter un problème de place évident. Prudent, peureux, pragmatique. Il se fournissait plutôt chez des amis chasseurs et se limiter généralement à du gibier et de la volaille. Pour ainsi dire, il ne faisait pas de mal à une mouche.

Personne de l'immeuble n'était autorisé à franchir la porte de chez lui, et si certains trouvaient qu'il émanait de ses fenêtres une odeur putride, il accusait avec colère les remontées pestilentielles du tout-à-l'égout. Ils n'avaient qu'à comme lui se boucher le nez quand ils traversaient la cour.

Didier avait maintenant tout son temps. Quand il dépeçait les bêtes il pensait à Évelyne, son grand amour, celle pour qui il était resté célibataire. A l'époque de leur rencontre, elle était effeuilleuse dans un cabaret parisien. Elle avait des jambes... Ah, ce qu'il avait pu en rêver de ses jambes. Quarante ans après, il les voyait encore virevolter, déambuler, se croiser, s'ouvrir, courir.
C'est toujours quand il soulevait la peau de l'animal, que se découvraient les chairs, qu'il pensait le plus à Évelyne. Il l'avait tant aimée. Ils avaient été si heureux ensemble jusqu'à sa disparition tragique dans un accident de voiture. Il n'avait gardé aucune photo d'elle.

Sans s'en rendre compte, presque machinalement, il avait donné à tous ses animaux empaillés le regard mystérieux et tendre de sa bien-aimée.

Une nuit, il y eut un terrible tremblement de terre. Didier reçu sur le crâne la tête d'un gigantesque sanglier. Il est mort sur le coup, on suppose qu'il n'a pas souffert.

On a vu la concierge, Madame Sentier, balayer l'appartement du défunt et rassembler énergiquement dans un coin, les dizaines de paires d'yeux répandues sur le sol, billes de verre brisées en mille morceaux lors de la catastrophe. 

Rédigé par OO le Jeudi 6 Mai 2010 à 09:38
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