d.n°8
EXTRAIT

Owen croyait que la mémoire était la faculté d'absolution. Les hommes développaient leurs souvenirs pour atténuer l'angoisse de ce qu'ils accomplissaient en tant qu'hommes. Le passé profond est la seule innocence, il est donc nécessaire de le retenir.

DIGRESSION

Ici les hommes réclament le droit de vivre en paix, prisonniers de la misère architecturale, heureux dans leurs usines, la pollution invaincue.

Ne pas oublier le carnaval. Ils en parlent d'avril à décembre et s'y activent de janvier à mars. Cela leur crée des souvenirs : souvenirs de débauches, de laisser-aller, de folie collective où boire est un devoir et le sexe une institution. Souvenirs bien éphémère ma foi, puisque effacés l'année suivante dans les conditions similaires. Deux mois de rédemption où l'on oublie jusqu'à son âme, ils l'ont vendue au diable, ils sont en enfer pour 64 jours.

Quiconque s'aventurerait dans les entrailles de cette machine infernale sans la moindre initiation serait d'ores et déjà condamné à l'exil tant la cadence est insoutenable. Pris dans les hordes de masques en délire, chahuté de toute part, le novice se sent ici plus qu'ailleurs un étranger faisant office de victime.

Et les lions se déchaînent contre celui qui n'a rien compris à leur philosophie car - évidence de l'événement - il lui manque le grime, l'habit.
Ceux-là parlent une autre langue : celle des anciens.

Oh joie de pouvoir enfin se comprendre dans la débâcle sous couvert d'une tradition dont ils ne savent plus rien !

Et le racisme continue de sévir pour l'homme qui ne détient pas les règles, celui de la ville voisine ou le parisien puritain.

Eh toi le corsaire, fils de rien, le paria qui reçut les honneurs du plus étincelant des rois ! Jean Bart, comme on t'appelle là-bas ! Que penses-tu de ceux qui s'agglutinent dans l'arène pour avoir moins froid et surtout pendant quelques heures, avoir moins peur ?

Serait-il parti avec toi celui-là maquillé à outrance, au décolleté viril ? fier, il montre ses jambes, il porte des bas et des talons aiguilles. Hier il trimait à l'office parfaitement soumis à un chef, aujourd'hui il se transforme, il - est un autre, il devient travesti, prend l'allure d'une catin.
Lui l'employé modèle, celui qui se tait au bureau, celui qui obéit aux ordres sans broncher, là sur le trottoir, tout comme ses pairs, ses frères de sang du carnaval, il déverse ses entrailles.

Au même moment dans les rues maculées d'immondices, un flot de couleurs vives, des confettis, des serpentins, que jettent les enfants hilares - ici la progéniture se conditionne au berceau.

Et cette autre là-bas qui fait la demoiselle - pourtant fanée trop tôt si l'on y attarde l'œil - elle se farde toujours en ce mois de janvier comme la pire des traînées, s'étonne qu'on lui caresse la croupe... fausse pudeur d'une véritable actrice qui attend qu'on la prenne pour expier ses fautes comme on va à confesse, elle ne supporterait aucun ménagement.
Crois-tu qu'elle ferait cette notable putain, une bonne femme de marin ?

Et les effluves d'une ville qui ne cesse de mourir viennent enivrer jusque dans leur tombeau les ancêtres.

Eh Jean Bart ! là-haut sur ta colonne, tu t'prends pour Trajan à Rome ? Ils ont fait de toi leur otage, réduit ton nom à une statue, pris ton portrait pour une icône, fiers ils chantent ta gloire, à présent ils t'immortalisent mais ton sacre n'est qu'un prétexte à leur disharmonie. Muet tu regardes le ciel, tu brandis ton épée, les démons à tes pieds. Leur peau suinte la bière, la boisson bon marché, d'un geste tu pourrais les damner, leur envoyer Cerbère, en cette saison il fait plus chaud sous terre...
Mais voilà 300 ans que tu observes leur manège. Immense est ton règne ! nul ne prendra ton royaume tu peux dormir tranquille, le temps de ta splendeur est éternel.

Rédigé par OO le Lundi 11 Janvier 2010 à 16:34
d.n°7

EXTRAIT

"je ne vous ai jamais raconté l'histoire du type qui avait dressé son trou du cul à parler...
... Peu à peu le cul a changé, il lui a poussé des espèces de petites dents... et il a réclamé à manger. Les premiers jours, le type trouvait ça drôle et il a monté un numéro gastronomique... Mais le trou du cul prenait ça au sérieux, il se grignotait une ouverture dans le fond de la culotte du type pour faire des discours dans la rue, il haranguait la foule et réclamait à tue-fesses l'égalité des droits... bientôt, il s'est mis à boire et il piquait des crises de larmes sous prétexte que personne ne l'aimait, il sanglotait qu'il avait envie d'être embrassé comme n'importe qu'elle autre bouche. En fin de compte, il déblatérait jour et nuit, de l'autre bout de la ville on entendait le type qui gueulait comme un sourd pour qu'il la boucle, il lui tapait dessus à coup de poing, il lui enfonçait des bougies jusqu'au trognon... Mais ça ne servait à rien et un beau matin son cul lui a dit : "c'est toi qui finiras par la boucler. Pas mois. Parce qu'on n'a plus besoin de toi ici, de nous deux n'y que moi qui puisse parler et manger et chier !"

DIGRESSION

Moi aussi j'ai traîné un boulet, un siamois qui m'avait tapé dans le dos par surprise le jour de mes 20 ans. Un coup de poing sourd, administré à l'aveugle, un zona qui s'installe, s'accroche, ne guérit pas. Une douleur lancinante, inexplicable. Inextinguible. Ce n'est pas ma faute, il disait, larmoyant dans mes vertèbres, je suis né avec toi, je suis ton siamois, miaou, miaou, miaou. Tous les matins, il faisait ses griffes sur ma colonne vertébrale, il m'a mis le dos en compote. Nyctalope, c'est un problème, je me suis mise à voir la nuit, je n'arrivais plus à dormir, je voulais voir ce que les autres fuient. J'avais l'échine plus douce, j'avais des yeux de chats. Miaou, miaou, miaou, je réclame double dose de lait. Ça aurait pu durer une éternité s'il n'y avait pas eu cette foutue litière à nettoyer, monsieur réclamait le meilleur, la propreté, zéro déjections - une marque de respect - et gratter, gratter, recouvrir, apprécier le monticule, marquer son territoire. Le plus éreintant c'étaient les périodes de rut, apprendre les mélodies, un nouvel air à chaque changement de saison, la sérénade tous les soirs pendant la quinzaine. Et rameuter l'ordinaire, les chats de gouttière, un fil à la patte. Le sexe, le sexe, le sexe. J'avais pris l'habitude de me frotter contre mes partenaires, des imbéciles pré-pubères qui ne comprennent rien au langage des chats-chats. Et puis, on s'est mis à me caresser le dos, quand je faisais le gros dos, en signe de mécontentement ou pour m'étirer de paresse. On me touchait la bosse mon seigneur, comme si j'avais eu une infirmité. Un chat bossu qui aurait pu vous botter pour peu queue. Miaou, miaou, miaou, hier mon matou m'a quittée, 15 ans de vie commune, harnachés à la même gamelle, croquettes au poulet, légumes variés, petits corps sensibles. Éviter de changer d'alimentation, les félins n'aiment pas la diversité. Hier soir, je me suis surprise à m'allonger sur le dos dans notre panier commun, il n'était plus là, je ne ressentais plus rien de lourd, plus rien de volumineux dans le dos.
Il avait pourtant semé des signes avant-coureurs : des poils de moustache qui lui manquaient, des restes d'une toison noire inconnue entre les coussinets, rien à voir avec lui, avec moi. Il a pris ses distances, il m'a plaquée, lourdée, balancée la misérable. J'ai perdu mon siamois. Allons voir ailleurs et mourir.

Rédigé par OO le Lundi 11 Janvier 2010 à 15:41
d.n°6
EXTRAIT

Il ne me manquait en réalité qu'une chose pour être une femme comme elle, une vraie femme, le e muet en français des terminaisons féminines, la possibilité inouïe de dire et d'écrire : "je suis nue, je suis aimée, je suis désirée". C'est ce e qui rend les femmes si terriblement femelles, et je souffrais démesurément dépossédé, c'était pour moi une perte sèche, encore moins comparable que celle du vagin que j'avais laissé aux portes de l'existence.

DIGRESSION

Je me souviens exactement de l'événement qui déclencha 30 ans d'une totale dévotion aux bottes de femmes. Les bottes en cuir. Forcément noires. Fermeture Éclair sur les côtés. Le crissement du zip quand il monte et descend le long de l'accessoire. Indispensable le bas qui emprisonne la jambe permettant un accès plus rapide à cette extrémité du corps que l'on appelle le pied. Il plonge dans la chaussure qui dédaigneusement se referme sur lui, recouvrant et la cheville et le mollet.

Source œdipienne, je me souviens de ma mère dans ce magasin à Lille, le spécialiste du destockage. On y allait en hiver - dans le Nord la saison dure 6 mois - il faisait souvent sombre quand on entrait dans la boutique. La poussière régnait en maître, l'intérieur ressemblait à un bordel à chaussures.

On vivait les années industrielles, les couleurs orange, marron, vert anis, et je voyais le monde en fleurs plastique.

Ma mère entre dans la boutique suivie de sa cour familiale.
Le chien devait rester dans la voiture.

Son choix se porte sur d'élégantes bottes noires, talons bruyants, talons hauts.
Je regarde la scène totalement frustré, j'ai 6 ans, je veux les mêmes. Couleur, zip, talons, crise de nerfs dans le salon. Je reçois en alternance des bonbons et des claques. En vain.
Arrive enfin mon sauveur, en fait le vendeur, qui m'apporte en réduction la cause de mon insupportable attitude.
Je lui souris reconnaissant.
Malheureusement, tout cela manque d'altitude et de discernement.
Je porte les cheveux longs et des blue-jeans.
Mon père éclate de rire - humiliations - je renifle.
Je n'aurai pas les bottes, maintenant c'est certain.
J'ai honte, je voudrais mourir, mon Dieu que la vie est dure, et je n'ai que 6 ans.

Maman, pourquoi suis-je un garçon?

Rédigé par OO le Dimanche 10 Janvier 2010 à 23:38
d.n°5
EXTRAIT

Le Chinois et l'enfant rient. Puis l'enfant pleure en souriant. Et puis le Chinois cesse de rire, il regarde l'enfant, il dit :
               Elle donne envie de t'aimer ta mère, d'aimer son enfant.

DIGRESSION

Cela se passe de commentaires. Il y a l'enfant et un Chinois. Il y a le Chinois amoureux de l'enfant, obsédé par l'enfant. Cette gamine. Et l'enfant est obsédée par le Chinois, son argent au Chinois. Ils sont deux obsessions. Et il y a la mère, dépassée par l'histoire, qui ne sait gérer ni sa vie à elle, ni ses enfants à elle. Qui fait comme elle peut, pudiquement. Qui est mal à l'aise de l'insertion du Chinois dans leur vie à eux. Elle ne sait pas quoi en faire, elle ne le respecte pas, mais elle accepte le sacrifice de sa fille. Oui. Elle ne remercie pas le Chinois pour son aide. Il ne manquerait plus que ça. Et pourtant le Chinois a cette phrase sublime en la regardant, une des plus belles phrases que l'on peut offrir à une mère. Ici la mère est au-dessus de Dieu, ici la mère est au-dessus de l'enfant. Laquelle est la plus à envier ?
En aller la mère, en aller l'enfant.

J'ai aimé Duras parce qu'elle faisait du Duras, et je l'ai détesté aussi pour ça. Risque et péril d'avoir un style, en prison l'auteur parfois. Il joue les faciles. Le style plus que l'histoire a la maîtrise de l'oeuvre, présence infernale, quel style chez Duras ! On ne peut pas lire une page sans qu'elle nous rabache son style. Il y a parfois tellement rien chez l'auteur, rien qui ne tienne qu'à un fil. Il y a une telle limpidité souvent qu'elle complexe les autres, les traînards, qui essaient juste d'écrire. On a l'impression souvent de lire une page blanche maculée d'écriture. Il ne s'est rien passé et pourtant tout ce qu'elle nous a raconté. Oui, on est bien dans l'écriture, le style, un style qui ne permet pas de longueur. C'est tellement beau Duras parfois qu'on pourrait en mourir, il y a des auteurs comme ça, avec qui on pourrait finir sa vie, sans regrets, sans peur.

Il se passe autre chose, quelque chose d'irrationnel, de non-maîtrisable. Voilà les vrais artistes, ils vont trop loin, on ne peut les comparer à rien, ils demeurent au-dessus des autres. On n'est plus dans l'émotion, le stade est dépassé depuis longtemps, on est dans le deuil de soi, l'inexistence.

Rédigé par OO le Dimanche 10 Janvier 2010 à 23:13
d.n°4
EXTRAIT

Il est toujours curieux d'entendre les autres parler de soi, surtout quand ils ne semblent pas avoir conscience de votre présence. On peut avoir tendance à en perdre conscience soi-même, ce n'est pas déplaisant. En somme, il ne se sentait pas directement concerné.

DIGRESSION

"Oh, je vous assure, elle est d'une timidité maladive, elle ne dit rien, pas un mot, muette comme une tombe du matin au soir. Si je lui demande son avis, elle me répondra d'une voix imperceptible, les épaules contractées. elle rougit à l'évocation de son nom, reste là prostrée quand j'ai l'audace de hausser le ton. Ses silences m'indisposent, il semble qu'ils me provoquent aussi parfois, elle m'angoisse. Elle est étrange, voyez-vous, quand elle se déplace, elle est bruyante, un pachyderme dans un boudoir. Je l'observe l'après-midi déambuler dans la maison, le dos voûté, l'air hagard, la démarche mal assurée, elle est lourde. Vous savez ce que cela signifie lourde ? elle fait trembler les murs.
Je vous ai dit qu'elle m'exaspère ?"

Madeleine Dupont hochait la tête en signe d'approbation, elle écoutait consciencieusement l'épouse du patron de son mari homme d'affaires qui lui impose ces épouvantables dîners en ville. Ce soir à nouveau il va falloir écouter les plaintes de Nadine de Monrecourt à propos de sa progéniture constamment en deçà de ses espérances de mère. Et la politesse et la réserve dues à sa position ne lui permettront pas de prendre la défense de la petite.
Après tout qu'est-ce que cela pouvait bien lui faire ? cette gamine n'était pas la sienne, son éducation n'était pas mise en cause, ne pouvait-elle pas subir en silence les lamentations de cette femme mondaine et sans intérêt ?

"Il y a pire, Madeleine, elle m'envahit. Vous allez comprendre. Elle est tellement mal dans sa peau qu'elle grignote insidieusement l'espace des autres. Lorsqu'elle s'avance vers vous elle ne connaît aucune limite, elle tentera de s'approcher au plus près de votre corps, elle s'impose et vous oppresse. Je finis par ne plus la supporter. Cela me tracasse vraiment, croyez-le. Après mûre réflexion j'en ai conclu qu'elle n'a aucun caractère, c'est pour cette raison qu'elle vient se coller à moi ainsi cherchant une personnalité forte à qui s'identifier. Qu'en pensez-vous, n'est-ce pas là une façon de vouloir exister à tout prix ?"

Elle était éreintante Nadine de Monrecourt avec ses théories psychanalytiques de bas étage. Bien trop futile pour analyser quoi que ce soit correctement. C'est ce que Madeleine Dupont pensait d'elle. Mais elle demeurait honteusement silencieuse, elle regardait son mari prendre un dernier verre, il ne se doutait de rien, elle n'avait jamais osé lui parler de la perfidie de cette femme. Elle ne pouvait pas répondre et son mari ne devait pas porter le poids de sa passivité. Elle voulait partir puisqu'elle ne pouvait rien y faire. Elle voulait se sauver et effacer sa lâcheté. Et la petite qui était assise à table, pourquoi avait-elle soupé avec eux ? Était-ce là la place d'une enfant ? Tout le long du repas, elle avait écouté attentivement les conversations, le monologue de sa mère. Baissant la tête quand elle en venait à parler d'elle, posant discrètement les yeux sur les convives évitant consciencieusement ceux de N. pour ne pas la blesser sans doute. Quelle enfant étrange.

Madeleine avait l'impression que c'est avec une certaine jouissance que la fillette devenait transparente au regard de sa mère. Si certaines paroles de Nadine de Monrecourt la mettaient mal à l'aise, elle suivait alors du bout des doigts les roses boursouflées brodées sur la nappe, ou les lumières du plafond l'absorbaient littéralement, comme s'il était de son devoir de fille d'accepter.

Son mari attendait dans le couloir, il lui mit son manteau sur les épaules, ils se quittèrent avec la promesse de se revoir très bientôt, ils entrèrent dans la voiture, silencieux.

M. Dupont alluma la radio et Madeleine oublia jusqu'à la prochaine fois.

Rédigé par OO le Dimanche 10 Janvier 2010 à 22:29
d.n°3

EXTRAIT

Quand on veut blesser son ennemi, c'est dans l'histoire de détruire son nom. Les Egyptiens faisaient des poteries dans lesquelles ils gravaient les noms de leurs ennemis à l'aide d'un roseau pointu. Et puis l'on brise les récipients, pour faire du mal à ses ennemis. Le même mal que si on leur tranche la gorge.

DIGRESSION

L'histoire se passe au large des côtes françaises. Il y a des hommes en mer, sur un chalutier. Ils se sont levés tôt, à 3 heures du matin. Il fait froid, même si on est au printemps et la saison exceptionnellement douce. Avant de partir, Steve a l'habitude de boire une espèce de mélange de café et de chicorée dans lequel il ajoute selon l'humeur, six ou huit sucres. Une mixture imbuvable qui lui tient au corps, à cette heure-ci, il ne peut rien avaler d'autre. C'est son grand-père qui lui a donné le goût du large. Il est pêcheur depuis l'âge de 16 ans. On peut dire que c'est une vocation. Il part en mer par tous les temps, il est rare qu'on les oblige à rester au port. Il rejoint les gars en mobylette, il ne croise jamais personne sur la route, un chien errant parfois. Aujourd'hui, Steve a mal dormi, il a sûrement trop mangé la veille. Il ne sait pas pourquoi, il n'a pas envie de rejoindre ses camarades. Tout à coup, l'odeur du poisson lui semble insupportable. Les voir se débattre dans les filets, leur respiration désespérée, l'agonie, il se demande pourquoi. Il sait qu'ils pêchent trop, il se demande pourquoi les hommes sont toujours dans la démesure, il sait qu'il ne restera rien. Rien pour les autres demain. Il est sur le bateau, il n'est pas très causant, les plus vieux le charrient, c'est ta fiancée qui te fatigue ? on boit un peu, on casse la croûte, il est 7 heures. Les minutes s'écoulent lentement, puis Steve remonte les filets, il y a une statuette en bois dans l'un d'eux.

Louise est devenu trader par hasard, originaire de Saint-Malo, elle vit désormais à New York. La société dans laquelle elle travaille lui octroie de gros bonus, elle se fiche de perdre l'argent de ses clients, néanmoins, la plupart du temps, elle gagne. Elle a pu s'acheter un appartement à Brooklyn, elle fait garder son labrador pendant la journée. Elle sait qu'un jour, elle quittera la banque, en plus, sa patronne est une conne. Pour le moment, elle profite.

Steve regarde la statuette venue d'ailleurs, elle est très abîmée, il la secoue et il entend. Il y a quelque chose à l'intérieur on dirait. Cela lui rappelle des souvenirs, un cadeau Bonux, l'odeur de la lessive sur les doigts. A ses yeux, la statuette n'a aucune valeur, mais il veut la surprise. Steve tu n'es plus un enfant.

Louise sourit, elle déambule dans Wall Street. Elle s'est arrêtée dans un Deli's et s'apprête à rejoindre le bureau. Il est 7 heures du matin, elle aime arriver tôt, avant l'ouverture de la bourse. Elle lève les yeux au ciel, très haut, au-dessus des immeubles. Elle se souvient que sa mère a des origines sud-américaines.

Il est forcé de briser la statuette, il la frappe contre le pont, l'objet éclate en plusieurs morceaux, avec son Opinel il dégage des débris, un minuscule objet.

Elle ne se rappelle plus pourquoi sa grand-mère avait fui l'Argentine.

C'est un petit tube métallique comme ceux accrochés aux colliers des chiens, qui renferme un papier.

A sa naissance, on lui a donné le prénom de sa grand-mère, Louisa, mais elle a toujours préféré se faire appeler Louise.

Il ne comprend pas ce qui est écrit sur le bout de papier, il rejette le tout à la mer. Les autres l'appellent en renfort. Il ne pense plus à rien.

Ce jour-là, sa mère a reçu un appel de New-York, Louise s'est défenestrée.

Rédigé par OO le Dimanche 10 Janvier 2010 à 21:48
d.n°2

EXTRAIT

Les maisons d'édition - ou les lecteurs de ces maisons, cette sous-caste haïssable -, semblent le détester, sans qu'il sache pourquoi. Ses manuscrits sont toujours refusés. Il est d'un âge moyen, il est célibataire, il s'est habitué à l'échec. À sa manière, c'est un stoïque. Il lit Stendhal avec orgueil et un peu de défi. Il lit quelques surréalistes que dans le fond il déteste (ou jalouse). Il lit Alphonse Daudet (dont les pages sont un baume) et par fidélité au père, lit aussi Léon Daudet, qui n'est pas un mauvais prosateur.

DIGRESSION

X avait tout pour réussir. X avait des parents, quand elle regarde la photo de mariage de ses parents elle ne reconnaît pas sa vie, elle ne voit pas le même futur. Parce que X se dit que ses parents en portrait ce jour J étaient beaux après on ne leur a plus jamais tiré le portrait comme avant. Ils ont fui le bonheur. Sans s'en apercevoir, ils n'ont pas vu qu'ils étaient à deux doigts du bonheur. L'homme en noir, la femme en blanc. Plus tard, dans la tourmente, ils ont fait X puis Y. X et Y ont vécu l'échec scolaire, les parents ont vécu la désocialisation des enfants. Parce qu'ils l'ont voulu, le but inconscient c'était l'échec. Et X tentait de comprendre le processus, elle était bien implantée dedans, elle savait qu'on lui avait ouvert une porte qu'elle ne pouvait pas ne pas franchir, prends la porte, derrière il y a un mur, ils lui ont dit. L'homme en noir, la femme en blanc. Pourtant la photo que X conservait semblait mentir. Elle promettait un futur. Rien n'a été facile. Pourquoi ? parce qu'ils ont ouvert la mauvaise porte, ils se sont acharnés à ne pas vouloir la refermer. L'homme en noir, la femme en blanc. Eux, ils avaient déjà l'habitude de l'échec, même si sur la photo, ça ne se voit pas.
Échecs sentimentaux pour X qui collectionnent les mauvais hommes, les immatures, les coureurs. X aime les hommes qui n'aiment pas X. Il faut bien que l'échec croisse. X croit que les hommes que rencontre X sont des génies, X croit que ne pas aimer c'est l'amour, X croit qu'il n'y a pas d'amour heureux. A décliner au futur. X croira toujours qu'il n'y a pas d'amour heureux. Pourtant sur la photo, au départ...
Non.
Ils sont jeunes. Ils sont juste beaux et satisfaits de sentir la destruction prochaine. Prescience. Non pas d'un, mais d'eux, X et Y, l'homme et la femme, en noir et blanc. Quatre vies à détruire, c'est un chantier. X échoue dans des études de secondes zones. X s'enchaîne à des voies contraires où l'insuccès demeure.
X est montrée du doigt, que fait X qui n'est pas à sa place ?
Elle se cherche, continue à aimer des hommes qui ne savent pas aimer X juste prendre X à bras le corps, la culbuter sur un lit, laisser tomber X. X ne s'aime pas, X ne sait pas aimer, X attend trop l'amour, X rend malades les gens qu'elle rencontre, X est à pleurer. Laisser la tomber.
Un jour, après avoir gravi tous les échelons de l'échec, X se prend sa voie en pleine face, elle n'a plus d'autre choix. Elle est sûre maintenant, ce choix qui la raccroche à la vie. Mais X est pure, X est entière, il est hors de question que X se fourvoie, pas de sacrifice pour X. Alors même dans sa voie, l'échec poursuit X.
X ne s'y habitue pas. Non, X ne s'habitue pas à l'échec. Non de non, X crache à la gueule de l'échec. Parce que X ne s'y habitue pas.

Rédigé par OO le Dimanche 10 Janvier 2010 à 21:12
d.n°1

EXTRAIT

Quand on est le plus pressé, c'est une volupté de rester inactif.

DIGRESSION

- Que fait-on ? mais que fait-on ? décidez-vous.
il ne tient pas en place, les mouvements sont amples, les mains moites
- Apportez-moi un thé, je vous prie.
Il est assis dans un fauteuil confortable, Il règle sa montre
- En cette circonstance ! je ne crois pas, si vous me le permettez, que cela soit très approprié... il vaudrait mieux agir.
il panique, il voudrait en dire plus mais il retient sa colère, il est en dessous de Lui
- J'apprécie le thé, un thé de Ceylan de préférence.
Il ne le regarde pas, Il ne l'écoute pas non plus, Il persiste
- Donnez-moi une bonne raison.
il est furieux à l'intérieur, il ne comprend pas ce ralentissement
- La concentration, le thé favorise la concentration.
Il tient la distance
- Voilà votre thé.
il a fait son devoir malgré la situation
- Que m'apportez-vous là, où sont le sucre, le lait ? Je me régalerai aussi de ces petits scones aux raisins délicieusement préparés par la cuisinière du matin. Quel est son nom déjà ?
Il recule
- Messaline
il a envie de bousculer ce vieux gâteux
- Quel curieux prénom.
Il pouffe
- J'insiste, je crains qu'il ne soit plus l'heure de penser aux gourmandises.
il essaie de trouver le timbre approprié à la persuasion
- Jusqu'à nouvel ordre, je suis toujours votre supérieur, dispensez-moi de vos réflexions.
Il hausse le ton parce qu'Il est le Chef
- Je fais préparer des scones.
sans commentaires
- Merci.
sans commentaires
- Autre chose ?
il est résigné, semble-t-il
- Oui, j'aimerais revoir ce film de Fellini, avec Marcello Mastroianni, je ne me rappelle plus le titre?
Il fait tourner son fauteuil, Il boit doucement le thé
- La dolce vita?
il a peur
- Tout de même...
exaspération
- Otto e mezze?
il continue d'avoir peur, son avenir est entre les mains d'un fou
- Huit et demi, magnifique ! branchez le home cinéma
Il allonge ses jambes sur le bureau ovale
- En un moment pareil, où avez-vous la tête? finissez-en je vous prie, le plus vite sera le mieux.
il parle à toute allure comme pour rattraper l'immobilisme de l'Autre
- Je me passe de vos commentaires, le film vite !
sans commentaires
- Vous n'avez pas le droit de vous comporter de la sorte, votre apathie me rend fou, vous nous condamnez à l'asservissement, il faut en finir vite, je vous forcerai à agir si...
il s'emporte, il L'attrape par son col de chemise, il a tellement peur
- Vous osez ? vous souvenez-vous ? qui a la clé, qui a la combinaison ?
Qui est-Il ?
- Je vous y obligerai, j'utiliserai la force, vous ne pouvez pas, vous êtes l'unique responsable. Le peuple vous a élu, vous êtes le garant de nos droits. Ne laissez pas nos ennemis nous envahir, la mort est préférable. Frappez un grand coup je vous en conjure, l'hélicoptère est à votre disposition, nous vous attendons.
il se demande s'il a été suffisamment persuasif
- Jamais vous m'entendez, jamais je ne me servirai de l'arme nucléaire sur un coup de tête. Détruire un cinquième de la planète mérite quelques heures de réflexions, vous ne croyez pas ?
Il comprend qu'Il ne peut plus reculer
- Monsieur le président, l'heure n'est plus à la réflexion, je vous assure.
no comment
- Alors laissez-moi vivre en paix encore quelques minutes.
no future

Rédigé par Olivia Merlen le Dimanche 10 Janvier 2010 à 19:28
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