EXTRAIT
JEAN : Qu'avez-vous à m'examiner comme une bête curieuse ?
BÉRENGER : Votre peau...
JEAN : Qu'est-ce qu'elle peut vous faire ma peau ? Est-ce que je m'occupe de votre peau ?
BÉRENGER : On dirait.... oui, on dirait qu'elle change de couleur à vue d'œil. Elle verdit. (Il veut reprendre la main de Jean.) Elle durcit aussi.
JEAN, retirant de nouveau sa main : Ne me tâtez pas comme ça. Qu'est qu'il vous prend ? Vous m'ennuyez.
BÉRENGER, pour lui : C'est peut-être plus grave que je ne croyais. (A Jean.) Il faut appeler le médecin.
DIGRESSION
JEANNE : j'ai été mariée autrefois, il avait de grands yeux, des mains habiles, il n'avait pourtant que trois doigts à chaque main, il me faisait l'amour tous les lundis, il aimait bien le lundi, il disait comme ça on recommence une semaine et la semaine promet d'être bonne. Je n'y voyait pas d'inconvénient même si j'aurais préféré qu'il fasse sa petite affaire le mercredi. Le mercredi ça coupe la semaine, ça annonce le week-end, c'est presque des vacances de faire l'amour le mercredi.
BÉRENGÈRE : et tous les mardis elle raconte la même chose, et on faisait l'amour le lundi, et c'était bien mais j'aurais préféré le mercredi. J'en ai rien à foutre de ces lundis d'amour, est-ce que je lui dis ou pas ? Si je lui dis, elle ne me parlera peut-être plus, et moi j'aime bien qu'on me parle un peu, enfin, au moins une fois par semaine. Si ça pouvait être le dimanche ce serait mieux, j'aime bien les dimanches, y'en a pourtant qui les haïssent, moi je les aime bien mais c'est pour une raison tout à fait particulière, sinon, comme tout le monde, je hais les dimanches.
JEANNE : tiens, les voilà qui repassent, quel jour sommes-nous ? où plutôt devrais-je dire, quelle heure est-il ? c'est terrible, je n'ai plus la mémoire des dates. Je ne sais pas si c'est pareil pour tout le monde, mais moi, j'ai l'impression que quand il pleut on est en novembre et quand il fait beau en mai. C'est ainsi que je me repère par rapport aux saisons. Il y a aussi les confitures, je mange des fraises en février et des oranges en août. Ça je le sais, ça ne change jamais. Mais aujourd'hui le soleil est si bas, comment se souvenir ?
BÉRENGÈRE : elle perd la boule. Hum, après tout, c'est peut-être un leurre, se méfier. Je la soupçonne de paraître ce qu'elle n'est pas. Mon Dieu, je ne sais pas combien de kilos elle a pris depuis le début de l'aventure, mais l'embonpoint ne la sied guère, elle est E N O R M E. Grosse tarte ! Nous sommes le jeudi 13 juillet 1972. Toute cette chair... ça devait plaire à son mari. Pour couronner le tout, elle est courte sur patte. Et ses façons... Quel manque d'élégance dans la démarche, une soi-disant baronne... Je ne l'ai jamais crue d'ailleurs. Elle peut berner les autres, moi, non.
Mais qu'elle se taise un peu, tout le bassin retentit de ses barrissements. La ferme ! Du calme, du calme. Je suis si lasse. Quel jour sommes-nous ? Quelqu'un ne pourrait-il pas intervenir ?
JEANNE : je vieillis, j'étais plus gracieuse avant - soupir - je me sens lourde, gonflée de partout, j'ai mal aux cuisses. Il est 18h30. Est-ce à cause de mes rhumatismes ? est-ce que je nage trop ? A la prochaine visite, j'en parle au docteur.
BÉRENGÈRE : j'ai essayé de lui parler mais elle a une haleine de mammouth. Impossible de s'en approcher. Les autres ne valent guère mieux, tous des sauvages ! Il pleut, on doit être dimanche.
JEANNE : c'est la nuit que j'ai froid. Mon lit me manque.
BÉRENGÈRE : rendez-moi mes lunettes. Je veux lire la pancarte.
ZOO D'ANVERS
ENTRÉE GRATUITE LE LUNDI
VISITE DES RHINOCÉROS SUR DEMANDE
SPÉCIMENS DE 1959
AYANT PARTICIPÉ A LA CÉLÈBRE PIÈCE D'EUGÈNE IONESCO
AYANT VOULU PRENDRE LE POUVOIR SUR LA TERRE
AYANT RELÉGUÉ LES HOMMES AU SECOND PLAN
HÉGÉMONIE
CORNE A CORNE
STOPÉS NET PAR UN SUPER-HÉRO
TARZAN QUI S'IGNORE
VIVA L'HOMME-SINGE
AIAIAIAIAIAIAIAIIIIAAAA
Rédigé par OO le Lundi 22 Février 2010 à 23:09
EXTRAIT
Benjamin, pour une fois consentant à rompre avec ses principes, lui lut ce qui était écrit sur le mur. Il n'y avait plus maintenant qu'un seul Commandement.
Il énonçait :
TOUS LES ANIMAUX
SONT ÉGAUX
MAIS CERTAINS SONT PLUS ÉGAUX
QUE D'AUTRES
SONT ÉGAUX
MAIS CERTAINS SONT PLUS ÉGAUX
QUE D'AUTRES
DIGRESSION
Do you remember Andreea les coupures de courant
Te souviens-tu de toutes ces heures où l'on ne voyait rien
Du froid qui nous glaçait et du gros édredon
De tout ce qui nous manquait, de tout ce qu'on rêvait
Te rappelles-tu les poèmes, les fleurs, l'Histoire, les défilés
Honneur à
A la santé du con, du Conducator
Et ces quartiers qui ne sont plus que béton
Loin très loin de Niemeyer, le génie des Carpates
Place au palais du Parlement qui prend beaucoup trop de place
Y'a beaucoup trop de villages qui ont été rasés, l'exode des paysans, les enfants condamnés
Les enfants abandonnés courent vers la ville, couraient vers la ville les damnés
Court peuple dace tant que tu tiens encore debout
Il dénonce, ils dénoncent, tu dénonces
A chacun ses méthodes
Chut, ne parle pas trop fort, ils dénoncent, Il dénonce
Do you remember l'Europe, le monde, ailleurs
Te souviens-tu Andreea, l'avons-nous vraiment vécu
Le Mur
La Révolution
Et le contrôle de la télévision
1,2,3, ils ne sont plus là
17 ans toi et moi
“Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas“ *
Je retenais mon souffle
Allais-tu respirer
Toi mon amie
Semblables
Après la liesse
Un peu plus tard
Pendant un quart de siècle cohabitaient deux Dracula dans ton pays
Mais on ne peut être plus royaliste que le roi
Un jour, il faut payer
Am stram gram
lui démonter la tête, règle n°1
Pic et pic et colégram
pousser mémé dans les orties, règle n°2
Bourre et bourre et ratatam
simuler un procès, règle n°3
Am stram gram
ne pas se laisser attendrir, règle n°4
Ce sera toi le roi
viser juste, règle n°5
Où étais-tu lundi 25 décembre 1989 ?
Je sais que tu te souviens, Andreea, de cette Roumanie-là, et puis de Bucarest quand sans pudeur on donnait du caviar aux cochons.
*2 phrases de Jacques Prévert - Rappelle-toi Barbara
Rédigé par OO le Mercredi 17 Février 2010 à 21:37
EXTRAIT
Je pourrais me tromper, croire que je suis belle comme les femmes belles, comme les femmes regardées, parce qu'on me regarde vraiment beaucoup. Mais moi je sais que ce n'est pas une question de beauté, mais d'autre chose, par exemple, oui, d'autre chose, par exemple d'esprit. Ce que je veux paraître je le parais, belle aussi si c'est ce que l'on veut que je sois, belle, ou jolie, jolie par exemple pour la famille, pour la famille, pas plus, tout ce que l'on veut de moi, je peux le devenir. Et le croire. Croire que je suis charmante aussi bien? Dès que je le crois, que cela devienne vrai pour celui qui me voit et qui désire que je sois selon son goût, je le sais aussi.
DIGRESSION
Séverine était actrice. Elle avait commencé très jeune dans le cinéma. On peut dire presque une enfant. Puis elle s'était fait refaire les dents et les seins. C'est ça être actrice, la triche. Elle avait donc de belles dents et une belle poitrine, elle souriait aux autres, son visage se transformait avec les prises. Séverine avait de l'allure. Elle jouait des rôles exigeants. Qu'est-ce que ça veut dire un cinéma exigeant ? c'est un film réalisé par un homme intelligent pour des gens intelligents. La masse, dehors ! Les cons ? on ne sait même pas qui ils sont les cons. Les cons, dehors ! Une actrice qui joue dans des films d'exception, filmée par un réalisateur brillant, elle est forcément belle. La caméra magnifie Eve, et Dieu créa la femme. Dans les yeux de tous ces intellectuels, l'actrice croyait-elle se voir belle, aussi ?
Un talent fou, quel charisme ! c'est la profession qui le dit, la pellicule ne ment pas.
On, nous, le public, on ne se posait plus la question, Séverine était belle, la place était acquise.
Demande croissante de la société : correction du menton, nez transformé, accession au sublime.
Discrètement, on l'opère. Cicatrices à peine remarquées, harmonie et perfection.
Alors Séverine joua les plus belles.
Parfois, pour plaire à un auteur, parce qu'il avait écrit le rôle en pensant à elle, à sa spontanéité, parce qu'elle en était flattée, elle pouvait s'enlaidir, apparaître à l'écran sans maquillage. L'acte se transformait en performance, elle irradiait la toile de son naturel.
Et la grande actrice entra dans les communes représenter l'élégance à la française, dont acte, Marianne a ses adorateurs.
Séverine est une image, Séverine est une marque, yes ladies yes, Séverine is business
Rédigé par OO le Mardi 9 Février 2010 à 16:13
EXTRAIT
" Dans la salive
dans le papier
dans l'éclipse
Dans toutes les lignes
Dans toutes les couleurs
dans toutes les jarres
Dans ma poitrine
en dehors, en dedans
dans l'encrier dans la difficulté d'écrire dans la merveille de mes yeux dans les ultimes lunes du soleil (mais le soleil n'a pas de lunes) dans tout et dire dans tout est stupide et magnifique DIEGO dans mon urine DIEGO dans ma bouche dans mon cœur dans ma folie dans mon rêve dans le papier buvard dans la pointe de la plume dans les crayons dans les paysages dans la nourriture dans le métal dans l'imagination dans les maladies dans les vitrines dans ses ruses dans ses yeux dans sa bouche dans ses mensonges."
DIGRESSION
Et ton crâne sous mes doigts qui s'enfonce
Quitte la terre pour ne plus respirer que mon air
De celles que tu baises quand tu pars en voyage
Anthropophages qui humaient l'odeur du porc
Je connais les tribus qui dévorent
Phratries du temps des Aztèques
Avides de rites Cacatehuepec
Célébrons ensemble un mariage d'entomologie
Sous leur semelle de cuir éradiquer nos corps
Par équité humanitaire, penser à propager lentement
Notre progéniture
Fidèles cafards
D'un vol serpentaire, alourdis par l'anneau
Engageons-nous vers les cimes pyramidales
Dissimuler aux autres mammifères
Ceints de médiocrité éthique
Leur laideur
Tel Lazare en sa dernière demeure, je brûle à stagner dans le noir
A force, l'intellect détestable s'exprime dans mes cauchemars
Je n'attendai que toi
Déshabillons nos corps
Écarte-moi la chair et les os
Laisse-moi atteindre les viscères et me délecter de ce que tu as dans le ventre
Je te veux mort ou vif
Pendant ce temps, raconte-moi encore ce poème qui te parle de moi
Dieu, tu ressembles à un sage
Le nombre de tes vies dépasse de loin les chats
Combien de femmes se pâmèrent en ton lit
Comment pour elles as-tu écrit ?
Je voudrais les noyer
Dis-moi tout de toi, les larmes, l'amour, les drames, l'amour
Dis-moi le reste que je n'ai pas vécu
Je veux à mon tour jouir vulgairement dans tes bras
Comme au temps violent des conquistadors
Barbares espagnols qui firent un pacte mortel
Avec la peste et la vérole
Inocule en moi le virus des intellectuels
Je veux progresser par toi, apprends-moi à écrire, à marcher sur les défunts
Plains-toi de mon ignorance
Si ma culture défaille, écorche-moi
Ris sans obstacle de mes carences
Défie-moi à l'agora
Et sors vainqueur de mon inconséquence
Je t'aime à me prostituer sur les nefs pour conserver ta peau
A être vendue comme esclave au prix infamant d'une argienne
A être immolée par les flammes comme un nouvel hérésiarque
Je t'aime, j'y consens, ça dépend de mon cœur
Rédigé par OO le Lundi 8 Février 2010 à 16:34
Dernières notes
Liste de liens
Concept protégé par Copyright
Contact : corruptionlitteraire@yahoo.com
Contact : corruptionlitteraire@yahoo.com
Profil