EXTRAIT
Quand, pendant un certain temps, on n'a fait qu'attendre, on finit pas se moquer de ce qui peut arriver après. Que cela ait duré cinq ans, dix ans ou un mois, c'est pareil.
DIGRESSION
Elle était devant son arbre, l'arbre que l'on avait planté pour elle à sa naissance, au fond du jardin. Il était son protecteur, elle avait grandi avec lui, elle se mesurait à lui au début, et puis elle avait baissé les bras, comprenant qu'elle n'irait jamais aussi haut que lui. Elle le prit pour confident, que pouvait-elle faire d'autre que de lui confier tous ses secrets ? Les pleurs, les disputes, les colères, les premières fois, il avait tout entendu, tout supporter sans qu'une seule de ses feuilles ne frémisse. Ce n'était pas un ami imaginaire, non, c'était son arbre, un point c'est tout.
Une force de la nature.
Un dimanche, en fin d'après-midi, elle partit. Elle avait sa vie à faire. Lui, était resté, un peu oublié, un peu délaissé, comme un ancien. Les parents lui élaguaient quelques branches quand y ils pensaient. Elle revenait de temps en temps, de moins en moins souvent.
Papa est tombé malade, il perd la boule," l'Alzheimer " ça touche n'importe qui, même un père.
Maman couvre les murs de la maisons de post-it jaunes.
9h15 : fermer les robinets de la salle de bains
11h : téléphoner à mamie, son numéro est enregistré dans le portable, touche 3
16h : ouvrir la porte au chien
et cetera...
Maintenant, les heures de la journée se décomptent sur des bouts de papiers collants. Papa ne veut pas de garde-malade, maman s'en arrange.
Parfois, il quittait la maison - espace stérile - et se dirigeait droit vers l'arbre, il semblait la reconnaître en ses racines, il s'entretenait avec l'arbre, il lui parlait de sa fille qui ne venait plus beaucoup le voir parce qu'il perdait la boule. Il lui raconta que sa femme avait préparé une fête pour ses 30 ans ; la fille n'était même pas passée par le jardin pour se rendre compte de la beauté de l'arbre, mais ça, ce n'était pas le problème du père. Son problème c'est qu'il avait revécu son troisième anniversaire, en 1983... Et ça, pour l'enfant devenue grande, c'était l'enfer. Elle ne supportait plus désormais de le voir, ni de lui parler.
Lorsqu'il était avec l'arbre, le père se souvenait de tout, après c'était un trou noir.
Avant qu'il ne soit trop tard, il s'est donné la mort, il a demandé à l'arbre de l'accompagner dans cette dernière épreuve, et il s'est pendu à une branche, ultime acte de conscience.
Alors la fille est revenue, l'arbre étant le dernier lien qui l'unissait à son père. Mais qu'en était-il de lui, l'arbre ?
L'arbre qui l'avait soutenue jusqu'à l'âge adulte et qu'elle avait laissé tomber sans remords, l'arbre qu'elle ne côtoyait plus que de loin, qui l'avait attendue pendant toutes ces années.
L'arbre qui désormais n'avait plus de ses nouvelles qu'avec l'aide des magnolias du jardin d'à côté, qui, par solidarité pour la souffrance de l'arbre, le renseignaient comme ils pouvaient - la mère racontant tout à la voisine.
Il était furieux, humilié, abandonné. Il avait cru qu'elle comprenait son langage ; parfois la nature accorde à certaines âmes le pouvoir de se fondre en elle. Il s'était trompé, elle n'avait pas le don, c'était bien une humaine-inhumaine.
Combien de temps était-il resté planté-là à espérer son retour ? Il avait tellement imaginé ce moment des retrouvailles... Aujourd'hui cela n'a plus d'importance, elle n'avait plus d'importance, on eut dit que l'arbre réfléchissait désormais avec un cœur humain. L'objet de son désir est revenu et il ne ressentait plus rien, et cela le désespérait encore plus que l'attente.
Au mois de mai, il y eut encore de terribles gelées, l'arbre, sentimentalement affaibli, ne réussit pas à les combattre. Toutes ses feuilles tombèrent en une nuit. Il n'y avait plus rien à attendre.
Rédigé par OO le Vendredi 30 Avril 2010 à 19:14
EXTRAIT
Dans la grange pleine de chuchotements et de murmures, Rose de Saron resta un instant immobile. Puis elle se remit péniblement debout, serrant le châle autour de ses épaules. Lentement, elle gagna le coin de la grange et se tint plantée devant l'étranger, considérant la face ravagée, les grands yeux angoissées. Et lentement elle s'étendit près de lui. Il secoua faiblement la tête. Rose de Saron écarta un coin du châle, découvrant un sein. - Si, il le faut, dit-elle.
Elle se pressa contre lui et attira sa tête vers elle.
- Là ! Là.
Sa main glissa derrière la tête et la soutint. Ses doigts caressaient doucement les cheveux de l'homme. Elle leva les yeux, puis les baissa et regarda autour d'elle, dans l'ombre de la grange. Alors ses lèvres se rejoignirent dans un mystérieux sourire.
DIGRESSION
Mère nourricière, mères de tous les pays
Femmes faites pour engendrer
Y 'a des hommes qui vous disent bien merci
Merci de les avoir sauvés
Sans vous ils s'en seraient pas sortis
N'oubliez pas femmes de toute espèce de bien nourrir vos enfants
Enfants à la mère patrie reconnaissants
En bas, il y a des chevaux, même qu'il y en a qui ne voient plus le jour
Des chevaux devenus presque chats de vivre si bas, si bas
Si bas sous terre
Condamnés par les hommes aux travaux forcés
Ce travail n'est pas humain pour un centaure
Ils m'ont greffé un cheval, dit le mineur
Ils m'ont donné à l'homme, dit l'équidé
A la mort, à la mort, plus souvent qu'à la vie
Même pas mal, j'ai pas peur de m'écraser sous ton poids
J'ai peur quand il n'y a plus de bruit, ça annonce que tout va mal
J'en ai tant reçu sur la tête, de la terre, du minerai
Je fais du sous-terre, plus souvent qu' respirer
Mais les patrons sont contents
Les hommes se contentent de peu
Les hennissement du genre humain, je n' peux plus les souffrir
Cent mètres, deux cents mètres, trois cents mètres
Où es-tu mère nourricière ?
N'attendez pas vos hommes près des terrils
Ne donnez pas le sein à vos enfants dans les corons
Pensez au futur
Que faire avec après ?
Et s'ils s'échappent, il semble que c'est bien pire
Ils errent sur les routes, depuis 40 ans que font-ils ?
Les agriculteurs nous nourrissent mais la terre ne nourrit plus son homme
Les pauvres sont les riches d'hier
Qui nous donne à manger aujourd'hui ?
L'Etat, l'Assedic, les banquiers ?
Pourquoi donner le sein à qui n'a pas d'avenir
Rédigé par OO le Jeudi 29 Avril 2010 à 20:07
EXTRAIT
Je vais vers Lol V.Stein. Je l'embrasse, je la lèche, je la sens, je baise ses dents. Elle ne bouge pas. Elle est devenue belle.
DIGRESSION
UNIVERSITÉ DE PARIS 5
Amphithéâtre B
Cours du professeur Montpensier
Chers élèves,
Je vous prie d'être absolument attentifs au cours qui va suivre, cours pendant lequel je vais vous permettre d'acquérir des données capitales, je dirais même décisives pour les prochaines années, voire votre vie entière. Si certains d'entre vous en sont encore à se demander pourquoi ils ont choisi cette voie, les explications que je vais de ce pas leur fournir devraient ôter tous leurs doutes.
Bien.
Le sujet d'aujourd'hui traite des femmes. Vaste programme me direz-vous, aussi je vous prie de m'épargner durant cette heure, vos débordements, commentaires et autres sifflements.
Je vous remercie.
Un groupe de chercheurs américain a pu démontrer - après une étude d'une durée totale de quinze ans, réalisée sur un échantillon de 1300 femelles à caractère normal et âgées de 21 à 55 ans - qu'une femme quelconque confrontée à un certain type de désir masculin, devient belle en quelques 48 heures. Non, non ne riez pas messieurs, s'il vous plait. Cette affirmation se révèle exacte dans 66,87 % des cas, ce qui mérite toute notre attention.
Placées en situation d'être regardées différemment, d'être touchées et aimées de façon virile, ces femmes recouvrent estime de soi, vitalité, charme, et dans les cas les plus extrêmes, sex-appeal.
Certains mâles sont donc appelés des "découvreurs de talents". Il ne tient qu'à vous, une fois mon intervention terminée, de décider de votre sort : précurseur ou conformiste !
Je vous demande d'être très attentifs à ce qui suit ; le futur de notre profession repose sur vos capacités à assimiler les prochaines données.
Nous allons donc, dès à présent, nous concentrer sur ces "étalons" d'un nouveau genre et leur particularisme. Vous ne serez pas étonnés d'apprendre que le "cerveau" à la tête de cette grande enquête d'investigation, est un américain, le professeur Donald Ejuan, notre bien-aimé confrère, dont l'unique objectif a toujours été d'amener les femmes sur le sentier de l'harmonie et de la grâce.
Et sa découverte est pour le moins surprenante.
Mais avant de vous révéler son secret, permettez-moi de vous faire écouter cet enregistrement. Il s'agit de Sylvie, assistante vétérinaire, que j'ai recrutée sur le Net le mois dernier. Avant mon intervention, je peux vous certifier que jamais personne dans la rue ne se retournait sur elle, depuis - si je puis m'exprimer ainsi - j'en ai fait de la pâtée pour chien. (rires gras accordés)
Tendez bien l'oreille, Sylvie est en conversation avec ma secrétaire, censée recueillir ses impressions sur cette expérience.
" Lécher les dents, je ne me lasse pas de cette phrase, jouir et qu'il me baise les dents, je suis dépendante de ses bourrasques, de ses tournoiements dans ma bouche, je suis redevenue adolescente. Je n'ai jamais été autant embrassée que par cet homme, à la pelle, à en perdre haleine. Je me sens si belle, belle comme jamais auparavant, je suis aux anges, je suis ravie. Ah chéri, regarde mes dents, dites-moi encore "je vous aime."
- Ouah, ouah
- Ouah, ouah
- Silence Loulou ! "
Hum, bon, alors chers élèves, je pense que vous avez compris quel est le secret du professeur Donald Ejuan ?
Les dents !
Oui, vous avez bien entendu, pour rendre une femme belle et heureuse, il faut s'occuper de ses dents.
Aussi, chers futurs collègues, chers futurs chirurgiens-dentistes, le bien-être de millions de femmes à travers le monde est entre vos mains.
Alors, apprenez bien vos cours théoriques et surtout, de la pratique, de la pratique, de la pratique... je vous le répète, messieurs, les femmes ont besoin de vous !
Rédigé par OO le Mercredi 28 Avril 2010 à 19:25
EXTRAIT
Le meneur de jeu les a lâchés sur la question des logements construits par l'État, et Franny a répondu qu'elle détestait les maisons qui se ressemblent toutes - elle en avait justement après ces rangées de maisons identiques que construisent les services officiels ; et Zooey, lui, a répondu qu'il les trouvait "bien". Il a dit que ce serait très "bien" de croire rentrer chez soi et de pénétrer chez le voisin par erreur. De dîner avec des inconnus par erreur, de dormir dans le lit d'un autre par erreur, et d'embrasser tout le monde le matin avant d'aller au travail, en pensant que c'est votre propre famille.
DIGRESSION
Bonsoir, je suis Monsieur Schmidt, nous avions rendez-vous à 18h30.
Bien sûr, Monsieur Schmidt, entrez je vous en prie.
C'est une magnifique demeure que vous avez là.
Je vous remercie, c'est un héritage, mon mari... son vieil oncle est décédé il y une dizaine d'année, il n'avait pas d'enfant, c'est mon mari qui a hérité de tout, la maison, le parc, les bois...
Bien sûr, je vois. C'est votre mari sur cette photo ?
Parfaitement. Elle a été prise pendant un match de polo à Buenos Aires, c'est là que nous nous sommes rencontrés. Vous connaissez cette ville Monsieur Schmidt ?
Non, malheureusement.
Oh, c'est une ville extraordinaire, immense, tentaculaire, avec une odeur... je n'ai jamais bien su la définir, certains arbres - j'ignore lesquels - diffusent une senteur rare et pénétrante, une odeur piquante - si j'osais je dirais presque sexuelle - qui monte à la tête et vous enivre.
C'est tellement plus existant de parler des odeurs plutôt que des gens ou de l'architecture. Tenez, quel parfum portez-vous Monsieur Schmidt ?
Un parfum français, eau sauvage de Christian Dior.
Quelle élégance ! Cela n'a rien de surprenant, mon mari porte également cette fragrance, il vous ressemble un peu : grand, mince, le regard froid et distant. Il aime beaucoup le bleu, comme vous d'ailleurs. Ce costume bleu ciel vous sied à ravir. Venez par ici, voyez... mon mari a tenu à ce que toute la décoration du salon repose sur des nuancés de bleu. Il dit que cela lui rappelle les ciels de son enfance, ses vacances en famille à Long Island.
Montrez-moi la chambre à coucher, voulez-vous, chère Madame ?
Bien volontiers Monsieur Schmidt. C'est une chambre un peu particulière, loin des standings américains, je n'ai jamais mis les pieds au Japon mais je suis totalement fascinée par la culture de ce pays, aussi comme vous pouvez vous en rendre compte, j'ai fait remplacer à l'étage - avec l'autorisation de mon mari - toutes les portes par des cloisons coulissantes et...
Je suis extrêmement troublé d'être avec vous dans cette chambre chère amie, je me sens si proche de vous, de votre univers, j'ai l'impression que nous nous connaissons... je ne sais pas... est-ce que vous me connaissez ?
Non, cher Monsieur, je ne vous connais pas intimement.
Ce n'est pas possible, tout ce dont vous me parlez fait écho en moi, l'atmosphère de cette maison, votre voix, vos déplacements, je ne peux ignorer vos jambes parfaites et ce brushing si soigné. Lorenzo est votre coiffeur, n'est-ce pas ?
Oui, mais, Lorenzo coiffe toutes les femmes du quartier.
Parlez-moi de votre mari, quelle est sa profession ? Vous aime-t-il ?
Monsieur Schmidt, mon époux est comme vous représentant de commerce, il travaille dur la semaine, il est sur les routes du lundi au vendredi, il dort le plus souvent dans des motels aux abords des villes. Nous avons organisé notre vie suivant son emploi du temps, le week-end, je lui suis entièrement dévouée.
Nous sommes vendredi soir, je vous préviens qu'il ne devrait plus tarder à arriver, d'une minute à l'autre, il franchira la porte d'entrée et prononcera mon nom d'une voix calme et tranquille.
Allongez-vous, je vous aime.
Monsieur Schmidt, je vous en prie.
Ne me forcez pas à vous brutaliser. Je suis ici chez moi, vous êtes dans ma maison.
Monsieur Schmidt, ce n'est pas ce qui était convenu.
Étendez-vous sur le lit.
Monsieur Schmidt, je suis votre voisine, votre femme est dans la maison d'à côté, il s'agit d'un jeu.
Je n'ai qu'une seule femme et elle est devant moi.
Rédigé par OO le Mardi 27 Avril 2010 à 14:26
EXTRAIT
Willy, coléreux.
Rien ne s'est passé. Qu'est-ce que tu veux dire avec ton : "Qu'est-ce qui s'est passé?" Qu'est-ce que ça vient faire la dedans ?
Bernard
Ce n'est pas la peine de vous fâcher !
Willy, idem.
Qu'est-ce que tu essaies de faire ? De rejeter la faute sur moi ? Un gamin se laisse couler à pic ; et c'est ma faute, sans doute ?
Bernard
Mais, Willy, il y a toujours une raison quand on coule à pic...
DIGRESSION
Je n'ai rien à vous dire, vous êtes comme tous les hommes, un manipulateur, peut-être même pire encore. Je sais qui vous êtes, vous voulez me faire parler, pour vos notes, pour la postérité.
Comment voyez-vous mon âme ? Pure ? Noire ?
Cette satanée couleur !
Le deuil je l'ai porté toute ma vie, le deuil d'un père, de ma mère, de l'enfance, de ne pas avoir eu d'enfant, du bonheur.
J'ai souvent rêvé de ce grand trou noir qui ne mène nulle part et dans lequel je tombe, aucune paroi à laquelle me raccrocher, je descends toujours, il n'y a pas de fin ; et soudain, alors que je finis par m'y habituer, je me réveille en sursaut.
C'est tellement banal ce rêve, n'est-ce pas ? enfin, je veux dire, pour moi, par rapport à ce que je représente, rêver à l'instar du plus commun des mortels, ça doit en faire rire plus d'un. Moi qui toute ma vie ai essayé de me démarquer...
Ça vous fait rire ?
Riez donc, mais riez, riez, imbécile.
Oh !
Croyez-vous que ce rêve signifie le désir d'un retour à une vie ordinaire, une vie morne et sans éclat, comme avant ?
Tant d'années à me consacrer à ma carrière pour redevenir une inconnue, jamais !
Jamais vous m'entendez !
Oh !
Ou alors, plus prosaïquement, cela reflète t-il le vide de ma vie, le vide insondable qui est en moi ? Je serais donc aussi creuse qu'une bouteille de Coca, une boîte de soupe Campbell ?
Je sais ce que vous allez me dire, c'est l'image que l'on a de moi.
Qu'y puis-je ?
Ah !
J'aime les hommes... les grands hommes
Ça suffit avec mon père, c'est mon problème !
Je suis lasse de tous ces hommes, c'est un cercle vicieux. Ils me veulent blonde, ils me veulent sexy, ils me veulent stupide et ravissante, alors je me plie à leurs désirs, uniquement pour ces premiers instants divins pendant lesquels ils m'étreignent, quand je vois dans leurs yeux la victoire d'avoir conquis la femme, qu'ils me considèrent encore comme un diamant. Mais l'instant d'après je vois qu'ils aimeraient avoir autour d'eux leurs copains, leurs sales copains ; et ils me livrent en pâture à ces chiens, parce qu'ils ont compris instinctivement que j'étais prête à tout donner. Les pauvres, ils ne comprennent même pas ce qu'il leur arrive.
Un mythe, chéri, ça n'a pas de prix.
Ils me touchent en médecin, ils m'auscultent le corps, ils farfouillent, pour bien se remémorer, pour mieux en parler demain aux copains.
Ils vont écouter mes cris, s'attarder sur la poitrine, mais aucun ne me fera jouir, à quoi ça sert ? ils sont là pour prendre leur pied, moi, je ne compte pas, ce n'est pas ce qu'ils recherchent.
Ils jouent à la poupée des grands. Moi ? je ne suis qu'un détails.
Et je me sens seule dans leurs bras tout-à-coup, je sais qu'il va encore m'abandonner, que je vais me retrouver seule dans cette maison, seule comme quand j'étais gamine.
Qui peut comprendre ce que je suis devenue ? Vous ? VOUS ? menteur ! On analyse un fantasme, on ne le comprend pas.
Combien de temps cela va-t-il encore durer ? Je me sens si mal, si fatiguée. Y a t-il une seule personne sur cette terre qui me voit telle que je suis ? sans les paillettes, sans les opérations, sans les fourrures, sans les sourires ?
Oh assez ! je ne peux pas y échapper, je me suis enfermée dans une autre, je ne pense pas qu'il y ait d'issue à ce système, non, non, vous aurez beau me convaincre du contraire....
Vous n'êtes pas à ma place !
Laissez-moi fumer une cigarette, laissez-moi fumer, j'en ai besoin.
Voyez mes mains manucurées, ma taille fine, mes dents si blanches, mon nez minuscule, ce n'est pas à moi. Elle a pris mon identité, l'autre, cette traînée de l'Amérique puritaine a pris ma place, je me rends, and the winner is...
Mon Dieu, laissez partir Marilyn, je vous en supplie laissez-la partir, elle n'en peut plus.
Rédigé par Olivia Merlen le Mercredi 14 Avril 2010 à 15:57
EXTRAIT
La musique doit vous rendre fou, sinon elle n'est rien.DIGRESSION
Je m'appelle Laurent.
Il suit les gens dans la rue.
Laurent est jour et nuit dans la rue avec les gens.
Il épelle les noms d'hommes politiques et les prénoms de femmes, les plaques sur les immeubles.
Je m'appelle Laurent.
J'adore la publicité, quand je suis en filature, pour me divertir je lis tout haut les slogans des grands industriels.
J'ai besoin du bruit tout le temps, c'est pour ça que je vis près du périphérique, la fenêtre de la chambre grande ouverte, j'entends respirer les voitures, j'écoute les accidents, je me divertis.
Je m'appelle Laurent, je suis les gens dans la rue, si vous le croisez ne le prenez pas pour un fou, c'est un leurre.
Le croyez-vous, fou qu'il était ?
A perdre haleine, Laurent fait aussi son jogging dans les bois.
Un jour il s'en prit à une femme, la quarantaine. Il marchait sur ses traces, elle tournait à droite, il tournait, elle ralentissait, il téléphonait, elle changeait de trottoir, il la devançait en courant. Et hop, une révérence. Il dodelinait de la tête, la bouche pleine de mots imprononçables, il claquait des doigts en rythme. La femme avait peur, elle remontait l'avenue Paul Doumer et il n'y avait personne. Il se mit à sauter autour d'elle, cela il ne l'avait jamais fait auparavant. Il pleuvait. Il courait dans les flaques et l'éclaboussait comme un gosse, i'm singing in the rain babe, just singing in the rain. Voilà qu'il était Fred Astaire, et qui était-elle la presque vieille, entre deux âges avec son air crispé ? Flic, flac, floc, c'était mieux qu'à la télé. Il lui manquait un chapeau de paille pour s'appeler... reviens Gauguin, coquin, reviens si tu l'oses me couper l'oreille. Il se tirait l'oreille devant elle, il l'étendait aussi fort qu'il pouvait pour qu'elle puisse entendre.
Je m'appelle Laurent, il s'appelle Laurent, appelons-le Laurent.
Viens petite-fille dans mon comic strip. Et devant lui une affiche, des comédiens, il lut, il la força à écouter, une pièce qui se jouait à Montparnasse, histoire d'un homme et d'une femme. Chabadabada, reviens petite salope, dansons sous la pluie, je reste Fred Astaire, tu seras Gene Kelly, qu'importe que tu ne sois pas un homme moussaillon, nous ne vieillirons pas ensemble. Il lui prit la main, elle était trempée, tremblante, n'osait rien répliquer. Il la secouait, twist again, c'est bon pour la santé ma vieille.
Avait-il un couteau, une arme, fallait-il crier ?
Un bus passe, viens poupée on va tailler la router, allons aux courses, c'est dimanche à Auteuil.
Je t'aime, je t'aime, oh oui je t'aime, moi non plus. Le bus ne s'arrête pas, il la pousse, il veut qu'elle continue à marcher, il l'oblige, il veut la suivre jusqu'à chez elle c'est tout ce qu'il demande. Après ? après, il la lâche, c'est promis. Ça fait déjà huit heures qu'il est dans la rue, ses jambes fatiguent, il a froid, son imperméable est humide. Allez, rentre chez toi, et fais plus attention, on rencontre n'importe qui dans cette ville, de toute façon ma batterie est à plat.
Il porte toujours un casque sur la tête, 25 000 titres enregistrés sur un vieil mp3. Il ne peut pas s'en passer, sans la musique Laurent devient fou.
Je m'appelle Laurent, tu t'appelles Laurent, tu t'appelles Laurent, Laurent, Laurent, Laurent le fou.
Rédigé par OO le Dimanche 11 Avril 2010 à 21:24
EXTRAIT
Ousmane a tout juste 7 ans. C'est la guerre en France, et la pénurie de nourriture commence à se faire sentir à Dakar. Dans une grande pièce de la maison, son père entasse jusqu'au plafond de l'huile, du savon et du riz. Il choisit de confier la clef de cette pièce à Ousmane, et l'enfant se retrouve à la tête d'un trésor qu'il lui faut apprendre à partager avec les gens les plus démunis du quartier. Ousmane acquiert ainsi, dès son plus jeune âge, une grande confiance en lui.
DIGRESSION
Il n'y avait rien sur cette terre qui vaille la peine, pas même une bouteille de lait à l'abandon sur un terrain vague, volée devant la porte du grand maigre qui maltraite les animaux, bue en cachette quelques heures auparavant par un enfant fugueur en mal de mère. Mais sur cette terre, il ne s'agissait pas de lait. Du lait il n'y en avait jamais, du pain non plus d'ailleurs. Ils ne leur donnaient pas à manger, ou alors un jour sur deux, un léger bouillon. Survivre, c'était leur obsession à tous. Et peu d'entre eux s'en tiraient ; un sur combien ?
On avait décidé qu'il y avait les bons et les méchants.
Ils leur disaient qu'ils étaient la cause de tous leurs maux, que sans eux les autres respiraient mieux, même si sur cette terre l'air était irrespirable. Cela faisait un moment qu'ils étaient la cause de tout. Un jour, il faut payer, rendre à la terre ce que l'on doit. Ce sont les hommes de l'autre côté qui disent cela. Un beau jour l'argent ne suffit pas, il faut payer de sa personne. Ils leur disaient que leur dette était trop lourde. Même dépouillés de tout, ils avaient l'air encore trop riches, même avec des poux ils n'étaient pas suffisamment appauvris.
L'enfant voisin joue dans la mare, les enfants du dedans pataugent dans la boue, s'écroulent. Ils n'étaient pas tous fiers comme ils disent, beaucoup se sont abaissés, pour survivre.
Ils n'avaient pas le choix.
Et ça faisait rire les autres, en dehors.
Noël était l'un d'eux, l'un de ceux qui riait, il riait même plus fort qu'eux tous, sans retenue, à en pleurer de rire. Il faisait tout plus fort, il leur faisait plus mal, on n'en demandait pas tant, il voulait être un modèle, à leurs yeux à tous.
Noël, n'en doutez pas, était méchant, il avait vu son père et les collègues et amis de son père parquer les autres, les malmener. Il était là aussi quand il s'était agi de passer à l'étape supérieure, il n'avait pas bronché, il avait tout bien regarder en détail, sans révolte, il en avait même poussé un qui n'avançait pas assez vite. Il acceptait le travail de son père, il ferait le même plus tard. Assassin de père en fils, c'est son amie Clara qui lui avait lancé cette phrase en rigolant. Il l'avait répétée à son père et Clara avait disparu.
Et il avait continué à se construire selon le modèle paternel, à reproduire ses gestes jusqu'à ce qu'ils soient parfaits.
Noël a 12 ans, et sur cette terre, c'est presque un âge avancé.
On lui confie la garde de la grande maison, celle qui est un peu en retrait.
Responsabilité
Devoir et obéissance
Nous
Le groupe
Il existe deux fins possible à cette histoire. Une bonne et une mauvaise.
Mais Noël a-t-il eu le choix ? S'est-il même posé la question ?
Rédigé par OO le Dimanche 11 Avril 2010 à 19:57
EXTRAIT
Qui n'a pas appris à dire : "elle est aucune autre" sait-il ce que c'est que l'amour ?
DIGRESSION
Affirmation de ton identité : Sale con
Menteur
Intellectuel à la con
Un con charmant
Un beau parleur
Ton nom circule, une promotion
César d'honneur pour un con pollueur
Je te déteste
Toi, toi, et toi, et toi et les milliers de toi
RÉVOLUTION
Toi que je prends aujourd'hui pour un con
Toi qui me fais attendre et de quel droit
Toi qui m'as insufflée le doute
Toi sans qui je ne sais vivre
Toi que je m'obstine à aimer
Toi qui n'est plus qu'un con
Reviens vite sale con !
Rédigé par OO le Dimanche 11 Avril 2010 à 18:31
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