EXTRAIT
A : Que dirait-elle aujourd'hui à propos de l'Afghanistan ?H : Que ce pays n'en serait pas là si c'était une république soviétique.
A : Avec l'homme nouveau !
H : Mais pas avec "l'homme moderne". Notre contemporain, obsédé par le travail, évite l'amour. Par égoïsme il ne peut accepter le mariage mais il ignore l'art d'aimer. Il a créé un système dans lequel il est impossible de vivre.
A : Morituri te salutant !
{ Et nous rions comme on éternue...}
DIGRESSION
En 2028, un seul homme régnait sur terre, il se prétendait descendant des empereurs romains, Louis Caligula. Il gouvernait le monde depuis Rome qui avait recouvré grâce à son acharnement toute sa superbe. Il fit ériger en plein cœur de la ville un palais de verre et d'acier, haut de cinquante étages, pour voir et être vu. De sa tour de contrôle, il projetait 24 heures sur 24 sur les murs des immeubles, des vidéos de lui en temps réel. Il avait une équipe de télévision qui suivait ses moindres faits et gestes. Il prodiguait à la population des conseils pour se maintenir en forme afin de fournir un meilleur rendement, il leur démontrait ainsi combien l'activité professionnelle était nécessaire tant à l'épanouissement personnel qu'à la santé économique et sociale du pays. Un exemple à suivre.
Il était petit et sec, intelligent, sournois et vicieux, doté de deux petits yeux rapprochés et scrutateurs. A l'adolescence déjà à moitié fou il s'était marqué avec un tisonnier à la joue gauche ; une croix inversée, tellement profonde qu'elle entretenait une légende affirmant qu'on pouvait toucher l'os si on y enfonçait un doigt.
En Italie, on ne savait rien du reste du monde depuis la dernière guerre nucléaire, la seule chose dont on était sûr, c'est que l'humanité s'était considérablement réduite et que s'il restait encore des hommes sur cette terre, c'étaient des bêtes.
Louis Caligula prétendait que Rome avait été préservée à cause de lui, parce qu'il était le nouveau Messie.
Avant la catastrophe, il était généticien, spécialiste du clonage. Un très grand scientifique, charismatique, ambitieux, précurseur et avide de pouvoir. Excellent négociateur, il se servait de sa renommée pour recueillir des fonds privés destinés à l'évolution de ses recherches.
Il avait des ambitions pour l'Homme.
Dossier confidentiel.
Il convainquit ses collaborateurs de l'aider à se reproduire scientifiquement.
Cent clones de Louis Caligula furent créés. Il y eut beaucoup de déchets, des corps imparfaits, des monstres aux yeux scrutateurs sur tout le corps, des bébés qui naissaient sans orifices, ni bouche, ni nez, qu'il fallait tuer dans les trois jours où ils implosaient. Meurtres. Certains chercheurs souffraient de ce manque d'humanisme, mais Caligula n'était pas sentimental, il voulait des doubles parfaits. Il avait élaboré toute une série de calculs et trouvé une formule permettant à ses multiples de grandir de dix ans chaque année, d'arrêter leur croissance et de reprendre une progression normale, une fois atteint l'âge adulte. Quand il eut réuni cent de ses semblables, il les chargea de le débarrasser de son équipe de chercheurs, devenus des témoins inutiles et gênants.
Il les marqua également au fer rouge d'une croix inversée, moins profondément toutefois que la sienne.
Se différencier de ses répliques.
Et l'apocalypse s'abattit sur la planète. Il semblait que la Terre avait disparu de l'Univers. Seule Rome émergeait du chaos. Louis Caligula envoya des émissaires à travers tout le pays et sur tous les continents pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'autres survivants. Si tel était le cas, en faire des prisonniers pour la main d'œuvre.
Depuis la réussite de son expérience, son cerveau était en ébullition permanente.
Cet excès de lui l'entrainait dans une mégalomanie sans pareil. Malheureusement, il ne pouvait plus se cloner, il ne savait pas pourquoi mais au delà de cent ses reproductions n'étaient plus que des chairs molles, sans membres, qui lui glissaient des mains comme des vers.
Et à eux cent, ils semaient déjà suffisamment la terreur dans la ville. Il fondait son pouvoir sur des thèses passéistes : le travail, la productivité et la méritocratie.
L.C lançait des réformes à tour de bras qui n'avaient ni queue ni tête. Ainsi, en raison des moustiques, transmetteurs de maladies mortels, qui investissaient la ville à la tombée de la nuit, il rétablit le couvre-feu à 21 heures, et faisait exécuter en pleine rue quiconque désobéissait à cet ordre.
Il prônait l'instruction pour tous. Il voulait une nation d'intellectuels, il préconisait la performance et la rivalité dans tous les domaines. Les plus intelligents - suivant ses critères - recevaient des primes, on se moquaient de ceux qui ne réussissaient pas : traînards, faibles, paresseux.
Mais Caligula était une vraie girouette, il était difficile de le suivre, un jour vous faisiez partie de l'élite, le lendemain, vous vous faisiez assassiner pour les mêmes raisons.
Ce qui alimentait surtout la compétition était que les plus méritants avaient le droit d'être dupliqués, généralement à dizaine d'exemplaires.
Avait accès au clonage quiconque était reconnu comme grand professionnel, résistant au stress et sachant manager une équipe, il devait mesurer entre 1,70 mètres et 1,85 mètres, être de race blanche, hétérosexuel, et posséder un quotient intellectuel supérieur à 130 (examen clinique de rigueur).
Il s'agissait de repeupler la planète avec des hommes purs.
La promotion se transformait parfois en calvaire. Les problèmes avec les clones étaient nombreux. On s'aperçut par exemple, que le modèle original concentrait toutes les pensées de ses clones dans son cerveau, il ressentait également leurs blessures, leurs états d'âme, leur colère, etc. De plus, il y en avait toujours au moins un sur les dix en activité, ce qui influait sur les nerfs et le sommeil du premier qui était souvent moralement épuisé. C'était très difficile à gérer pour l'être humain. Heureusement les psychiatres pullulaient à Rome et ils tentaient de calmer les référents avec des anxiolytiques puissants. Les cures de sommeil étaient nombreuses.
Certains clones mourraient sans explication, d'autres se soulevaient contre les hommes, ils ne supportaient plus leur domination. Il fallut en abattre des milliers.
On ne pouvait plus compter sur les clones pour repeupler la planète. Sur les femmes n'ont plus d'ailleurs puisqu'une grande campagne de stérilisation (obligatoire) avait été lancée ; aucune d'entre elles n'avaient réussi à y échapper.
L'homme nouveau était une imposture.
En haut du palais de verre et d'acier, vivait recluse, Drusilla, la sœur de Louis Caligula. Elle voyait d'un très mauvais œil le despotisme de son frère. Haineuse. Elle lui en voulait terriblement d'avoir supprimer son amour, son grand amour. L.C prétendait que l'amour mène à la jalousie et il l'avait proscrit, il autorisait uniquement les mariages de raison, quiconque était surpris en train de tomber amoureux était brûlé sur le champ. Il s'était donc chargé du fiancé de sa sœur mais il n'avait pas eu le courage de la tuer, aussi l'avait-il consignée à demeure.
Par chance, Drusilla n'avait pas été stérilisée et était encore en âge d'avoir des enfants. Avec tous ces problèmes liés au clonage, Caligula craignait pour la pérennité de son règne.
Il demanda sa sœur en mariage.
Elle accepta. Il ne pensait plus qu'à ses noces. Il organisa une fête somptueuse et Rome retrouva durant quelques heures, un peu de sa dolce vita.
Le soir venu, Drucilla qui attendait son frère dans sa chambre, se leva à son arrivée et se précipita dans le vide par la fenêtre ouverte. Louis Caligula eut le cœur brisé, à l'instant même il se rendit compte de son erreur ; son mariage avait mis un terme à l'humanité.
Rédigé par OO le Dimanche 9 Mai 2010 à 11:39
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