EXTRAIT
F.FELLINI : {....} Je crois que l'art, c'est ça, la possibilité de transformer l'échec en victoire, la tristesse en bonheur. L'art, c'est le miracle....
DIGRESSION
Recette de l'art (difficile) Temps de réalisation : une vie
Ingrédients (ajuster les quantités selon expérience personnelle)*
- une enfance malheureuse
- un père alcoolique ou absent ou brutal (ou les trois) - en option un père comptable fait aussi l'affaire
- une mère narcissique ou névrosée ou égoïste (ou les trois) - en option une mère qui s'enfuit avec son amant augmente les chances de réussite
- attention : une adolescence ratée + acné + masturbation ne garantit pas le succès
- l'ennui est préconiser, il favorise l'imagination, le rêve, les fantasmes
- la pauvreté, le R.M.I, vivre au crochet d'autrui, restent des clichés tenaces
- quelques obsessions (la mort, les femmes, la politique,...) sont à prévoir
- la suffisance du génie, l'art de se positionner intellectuellement au-dessus de la masse
- le tiraillement : faire un moment donné le choix de se fondre dans la norme ou d'accepter sa marginalité ; un choix élitiste diront certains
- faire fi des critiques : de l'entourage proche, du milieu et des professionnels, ne pas se laisser influencer sous peine de retour en arrière ; un artiste n'écoute personne sinon les morts et les anciens
- la jalousie (avec son lot d'injustices et d'inégalités) : se passe de commentaires, dans le cas présent, nous sommes tous égaux
- le spleen (mais c'est un peu dépassé), l'alcool (reste une valeur sûre), la drogue (maintenant dans tous les milieux, hélas..)
- crédulité (pour qui se prend-il?), insouciance (pas de points retraite)
Mais aussi et surtout
- liberté, liberté chérie
Liste non exhaustive...
Étape n°1
Notre objectif n'est pas ici de vulgariser l'art mais d'essayer d'établir un profil de l'artiste. Le Vrai ! Normalement ce dernier, pour être performant à l'âge adulte, doit avoir subi au moins un traumatisme d'enfance, de type : décès d'un ou des deux parents (si possible tragiquement), abandon, divorce douloureux, viol, violence, etc..
Nous alertons les géniteurs ou futurs géniteurs d'un artiste sur ce point, il est impératif de faire durer la souffrance de cette première partie de la vie de l'enfant, au moins une décennie, pour prétendre à l'art. Il peut également avoir vécu, outre les drames personnels, des épreuves collectives liées par exemple au régime politique de son pays d'origine (dictature) ou à un événement climatique (tsunami).
Un conseil : le laisser mariner dans son jus, ne pas lui venir en aide. La résilience avec son lot de psychiatres, psychologues, etc. est son pire ennemi. Le mieux est qu'il développe un univers personnel : l'enfermement dans une chambre, un passage à la cave... est préconisé pour une progression en accéléré.
Surtout ne pas essayer de le comprendre, ne pas l'écouter, le contraindre au quotidien, lui mettre des bâtons dans les roues.
Un artiste productif est un artiste malheureux !
Lui créer malgré tout quelque souvenir heureux, une grand-mère gâteaux, un oncle qui l'emmène à la pêche,... à vous de juger.
Lui laisser également à disposition des magazines de mode très pointus type Vogue, de la musique classique - Bach fera l'affaire - l'intégrale de Fellini en DVD, les œuvres de Dostoïevski, Tolstoï, etc.. pour qu'il comprenne que la concurrence est rude.
Étape n°2
Arrivé à l'âge adulte, le jeune futur artiste en herbe se voit proposer deux voies :
- s'il a de la chance : intégrer une école d'art, université, théâtre,...
- s'il a la poisse : et nous recommandons cette solution - vive les autodidactes - rien, le néant, la galère.
La création a sans doute besoin de technique, mais n'a pas besoin de règles, enfin souhaitons-le !
Dans les deux cas, nécessité pour lui de prendre conscience que l'art compte plus que tout, plus que l'amour, la famille, l'argent ou le bonheur : ces chimères...
Bravo à vous, qui préférez réussir votre art et gâcher votre vie.
A l'inverse, passez votre chemin.
Au début, nous suggérons au jeune artiste un logement miteux, un squat, une collocation, l'essentiel étant de se mélanger à des spécimens du même type, à fréquenter plusieurs courants artistiques ; ce qui crée souvent une émulation réciproque (avec une bonne dose d'alcool et de substances illicites, de désespoir et de révolte), et amène au dépassement de soi.
Pour subvenir à ces maigres besoins, il s'essaiera aux petits boulots, qui lui rapporteront juste de quoi survivre, l'aliéneront et l'empêcheront d'avoir l'âme libre pour travailler.
Étape n°3
Passée la quarantaine, l'artiste doit s'accrocher.
Là encore deux solutions :
- il a eu beaucoup de chance, a su se montrer opportuniste, a rencontré les bonnes personnes au bon moment (nous parlerons ici de destin). Voilà donc notre artiste établi, soulagé de ses tourments matériels, reconnu, sollicité de toute part, etc. L'État le sollicite, les mécènes privés également, il passe à la télé, tout le monde le veux. Il prend un peu la grosse tête ou beaucoup selon l'espèce ; un inconvénient de la réussite, généralement provisoire.
Nous insistons bien sur le fait que ce genre d'artiste - l'artiste qui a réussi - reste minoritaire.
- voilà vingt ans qu'il galère, il se sent déjà au bout du rouleau. Ses amis l'ont lâché, ses parents sont morts, il fait de l'alimentaire, surtout de la merde. Il se rend compte que personne ne le comprend, il a l'impression de ne pas être à sa place. Il a raté sa vie, c'est une certitude. Il n'intéresse plus grand monde, même les plus fidèles le croient paresseux et improductif. L'échec. Ils n'en peuvent plus de ce fiasco, ils le considèrent coupable. Coupable de ne pas réussir, de leur avoir menti, de s'être pris pour un artiste, de pas être connu et reconnu. Eux-mêmes qui n'y connaissent rien, se disent que c'est un nul puisque cela ne marche pas. Ils ne sont pas à même de juger, mais ils jugent, ils montrent du doigt le traitre.
Menteur, illusionniste.
Et l'autre idiot, il continue de souffrir.
Artiste maudit, artiste raté : l'artiste idéal...
Dans les deux cas, et surtout dans le second, puisqu'il est seul face à son art, l'artiste est en proie au doute. Un doute qui le ronge, rarement satisfait de son art, en questionnement perpétuel, l'artiste est un être torturé.
4ème et dernière étape
Nous passerons ici sur l'artiste qui a réussi ; il a généralement suivi la route du succès, au moins connu son heure de gloire, meurt avec les honneurs de la Culture, sans grand intérêt pour notre recette.
Intéressons-nous plutôt à l'autre, l'artiste en déroute, il est sur la fin, il va se suicider ou mourir d'un cancer. Et c'est là, juste un peu avant ou un peu après sa mort, qu'on va enfin comprendre le génie qu'il était ! On l'adule, il devient un phénomène de mode, on écrit des livres sur sa vie, les plus grands réalisateurs tournent des biopics, son œuvre est enfin comprise et se vend à des prix exorbitants.
C'est une farce, une comédie, un miracle.. Oui, effectivement un miracle, puisque cela ne concerne, encore une fois, qu'une minorité d'artistes morts.
La grande majorité des artistes - même décédés - voyant leur œuvre passer à la trappe.
Mais c'est exactement ce qui est merveilleux dans l'art, passer toute une vie misérablement, et se consacrer à son œuvre, pour rien, le néant, uniquement pour la beauté de l'art, voilà le vrai miracle !
NB* : Nous avons pris le parti de définir l'art du point de vue de l'artiste, puisque c'est lui qui le crée ; sans artistes, l'art n'existe pas.
Rédigé par OO le Lundi 10 Mai 2010 à 13:06
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